Ces premières mondiales qui ont fait le Salon
Le Salon de l’auto fête ses 80 ans. Au cours de son histoire, des modèles présentés en avant-première sont devenus autant de symboles de leur époque.










Passer en revue les voitures présentées pour la première fois au Salon de l’auto de Genève, c’est comme refaire l’histoire de l’industrie automobile. Et plus encore, puisque l’auto, à la fois objet du quotidien et objet de fantasmes, est un parfait miroir des tournants sociaux et économiques. «Ils sentent mauvais et ils sont laids», déclarait le président français Félix Faure à propos des modèles présentés lors des premières expositions automobiles, à la fin du XIXe siècle. Un grosse centaine d’années plus tard, la bagnole est devenue, et reste, culte.
Même si, à la perspective de la fin des années pétrole, les constructeurs se démènent pour réinventer, et vendre, une mobilité propre. Entre deux? Un siècle de révolutions, qui ne concernent pas seulement les progrès technologiques de l’objet voiture. C’est l’automobile qui a inventé le travail à la chaîne (fordisme), c’est la voiture qui incarnera les évolutions sociales majeures.
Cela va du symbole du consumérisme conquérant et insouciant des Trente Glorieuses à celui de la surconsommation absurde et aliénante, comme le soulignait Jacques Tati dans «Trafic» (1971), puis carrément destructrice de l’environnement. À Genève, en 2010, quels seront les modèles appelés à faire l’histoire? Bien malin qui pourra le dire. Seul pressentiment: les hybrides ont peut-être bien choisi la meilleure file.
1935: Citroën popularise la traction
Pionnier de l’innovation au début du XXe siècle, Citroën signe une avancée majeure en commercialisant en grande série la première traction en 1935, alors que, paradoxe, le groupe vient de faire faillite. Il sera racheté par Michelin. La traction Citroën, dont les limousines noires vont aussi incarner la période sombre de l’occupation nazie et de la collaboration, dominera le marché durant quinze ans.
1955: La Fiat 600 donne des ailes à l’Italie
Présentée le 9 mars 1955 à Genève pour la première fois, la Fiat 600 se destine à un succès commercial en Italie et en Europe. Incarnant la joie de vivre à l’italienne, elle répond aux besoins des urbains avides de consommation et de mobilité. Quatre personnes peuvent y prendre place. Les portes s’ouvrent contre le vent. Elle atteint les 95 km/h. En un an, les usines turinoises produisent 300 000 unités. En 1956, il faut attendre un an pour en avoir une! En Italie, sa production s’arrête en 1969, elle se poursuivra jusqu’en 1990 en Yougoslavie.
1958: Comme Bardot dans sa Floride
Présentée à Genève sous le nom de Dauphine GT, celle qui s’appellera Floride, Caravelle aux États-Unis, incarne par excellence l’insouciance des années 60. Renault sur cette image, prenant Brigitte Bardot pour ambassadrice et donnant à sa Floride des touches gaies des plus osées. La carrosserie se décline dans des coloris pastel, les pneus sont blancs. Cette élégante parade à Saint-Trop', la jeunesse s’y identifie. Cette frimeuse connaîtra le succès jusqu’en 1965.
1965: La R16 ou la révolution des accessoires
«Des vitres latérales électriques, une vitre arrière dégivrante, des jets pour laver le pare-brise dignes de Versailles! Je veux la même», s’exclame un pseudo président de la République française dans une pub vantant les mérites de la Renault 16. On est en 1965. L’économie tourne à plein, et l’industrie automobile peut peaufiner ses modèles: c’est l’ère de la révolution des accessoires. Dans la douce France, à l’heure où les citoyens découvrent aussi la joie de partir en vacances, Renault leur vante également le très grand coffre de sa R16.
1971: La Countach mord avant la crise
Avant que le choc pétrolier ne vienne mettre à mal la sportive de luxe, Lamborghini se lâche dans un concept car qui magnifie le design. Avec ses lignes acérées qui lui donnent un air de requin et son pare-brise quasi à l’horizontale, la Lamborghini LP 500 Countach fait un tabac. Au point que la marque décider de la commercialiser. Le nom de «Countach» viendrait d’un mot piémontais qui marque la stupéfaction.
1980: La Quattro promue par les rallyes
Audi fait sa révolution en lançant cette quatre roues motrices. La marque choisit de tout miser sur les rallyes pour sa promotion. Pari réussi: dès 1981, les victoires et les titres mondiaux s’enchaînent pour la Quattro grâce à plusieurs pilotes. À son volant, la Française Michèle Mouton deviendra la première femme, et l’unique à ce jour, à remporter une manche du championnat du monde des rallyes.
1995: Classe A: le luxe en miniature
Signe des temps et d’un besoin de voitures moins gourmandes et adaptées à la ville, Mercedes, habitué à proposer des berlines aux dimensions généreuses, crée la sensation en dévoilant son modèle «de poche». La Classe A connaîtra toutefois des débuts difficiles: en octobre 1997, elle se renverse pendant un essai destiné à évaluer sa tenue de route. Le tir sera rapidement rectifié et le ratage vite oublié.
2001: La Vel Satis, berline présidentielle
Avec l’Avantime, sortie peu avant elle, la Vel Satis inaugure un design arrière déconcertant, comme entaillé par un coup de hache, tour à tour encensé ou décrié par la critique. Renault utilisera par la suite ce look pour nombre de ses modèles. Voiture haut de gamme par excellence, la Vel Satis a trouvé en Nicolas Sarkozy un ambassadeur de choc. C’est à bord de l’une d’elles, blindée et adaptée à son rôle de voiture officielle, que le président français se déplace.
2010: Le temps des hybrides bat son plein: les grandes sportives et les 4×4 s’y mettent aussi
Foutus, les 4×4? Larguées, les sportives? Plus cette année! Alors qu’on s’imaginait voir disparaître ces modèles gourmands en carburant, voilà qu’ils opèrent un retour en force. Car depuis que les constructeurs ont compris comment réduire les émissions de CO2, ils passent toute leur gamme à la moulinette verte. Symbole frappant de cette tendance: Ferrari, qui a créé la surprise hier en dévoilant un concept hybride.
Promise sur le marché dans trois ou quatre ans, cette supersportive équipée de la technologie mi-élecrique mi-thermique arrivera avec des émissions de CO2 diminuées d’un tiers. Porsche a répliqué avec un concept hybride qui s’affiche sous le nom de 918, ainsi que le 4×4 Cayenne hybride. Outre ces deux marques de prestige, les modèles hybrides ou simplement peu voraces gagnent les SUV, crossover, 4×4 et autres sportives.



















