Coronavirus

15 septembre 2020 09:10; Act: 15.09.2020 10:44 Print

«L’impression d’arriver d’une autre planète»

Épargnés par la pandémie, les scientifiques en mission en Antarctique ont vécu plusieurs mois dans une bulle. Mais la réalité frappe à leur porte.

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De nouveaux scientifiques doivent arriver sur le continent, dès cette semaine. (photo: AFP)

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Alors que la planète lutte pour se débarrasser du Covid-19, un continent résiste encore et toujours à l’envahisseur. À l’abri dans sa bulle, l’Antarctique est épargné. Et ses rares occupants comptent tout mettre en œuvre pour garder le coronavirus hors du territoire. À l’heure où environ 1 000 scientifiques ayant hiverné voient le soleil pour la première fois depuis plusieurs semaines ou mois, cette petite communauté s’organise pour éviter que de nouveaux collègues n’arrivent avec le virus.

Déjà depuis octobre sur la station de recherche britannique de Rothera, le guide Rob Taylor n’a rien vu de la pandémie. «Ici, les libertés qui nous sont accordées sont plus étendues que celles du Royaume-Uni au plus fort du confinement. Nous pouvons skier, avoir des contacts sociaux normaux, courir, utiliser la salle de sport, tout cela dans des limites raisonnables», raconte-t-il à l’agence AP. Grâce à des connexions Internet performantes, les scientifiques séjournant en Antarctique peuvent suivre l’évolution de la crise, et préparer l’arrivée de nouveaux confrères.

«Nous n’avons pas encore pratiqué la distance sociale!»

Si ces derniers devront respecter un protocole strict, ils auront également beaucoup à apprendre à leurs collègues déjà sur place: «Je suis sûr qu’ils peuvent nous transmettre des choses qui nous aideront à nous adapter à la nouvelle façon de faire. Nous n’avons pas encore pratiqué la distance sociale!» s’amuse Rob Taylor.

À la base néo-zélandaise de Scott, le médecin et chef de l’équipe d’hiver observe également la pandémie de loin: «Nous en avons conscience, mais je ne pense pas que nous ayons pleinement pris en compte la tourmente émotionnelle que cela doit provoquer», admet Rory O’Connor. Le scientifique explique que son équipe sera en mesure de tester le virus une fois que leurs collègues commenceront à arriver, dès lundi. Tout cas positif déclenchera alors un «niveau de réponse rouge»: les activités se limiteront à la fourniture de chauffage, d’eau, d’électricité et de nourriture.

«Ce sera super bizarre»

La situation sur le continent est suivie de près par le Conseil des directeurs des programmes antarctiques nationaux (COMNAP). «Un nouveau virus hautement infectieux avec une mortalité et une morbidité significatives dans l’environnement extrême et austère de l’Antarctique avec une sophistication limitée des soins médicaux et des réponses de santé publique représente un haut risque avec des conséquences catastrophiques potentielles», selon un document cité par AP. Étant donné que l’Antarctique ne peut être atteint que par quelques passerelles aériennes ou par bateau, «la tentative d’empêcher le virus d’atteindre le continent doit être entreprise IMMÉDIATEMENT», peut-on encore lire.

Il y a quelques semaines à la station McMurdo, des travailleurs ont effectué un exercice de simulation de port de masque et de distance sociale. «Ce sera difficile de ne pas courir et de serrer dans ses bras des amis lors de leur arrivée», confie le directeur de la station, Erin Heard. Celui-ci s’apprête à quitter l’Antarctique pour prendre un repos bien mérité à la plage. Non sans quelque appréhension: «Ce sera super bizarre, pour être honnête, d’arriver de ce qui semble être une autre planète».

(L'essentiel/joc)