Covid

25 février 2021 13:42; Act: 25.02.2021 13:52 Print

La pandémie fait exploser l'obésité des enfants

Des experts de République tchèque et de nombreux autres pays sonnent l’alerte face à la nette progression de l'obésité infantile depuis le début de la pandémie.

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Dans son rapport mondial sur la situation des enfants en 2019, l’Unicef a averti que l’obésité infantile n’arrêtait pas d’augmenter. Le confinement va encore aggraver la situation. (photo: AFP)

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Professeure de sport dans une école secondaire de Prague, Dana Gavrinevova observe avec angoisse ses élèves, contraints à l’enseignement à distance, qui sombrent de plus en plus dans la léthargie et n’arrêtent pas de prendre du poids. Les experts tchèques, comme ceux de nombreux autres pays, sonnent l’alerte face à l’évidence de plus en plus flagrante qu’avec le confinement, l’obésité chez les enfants est devenue une norme.

Les écoles en République tchèque, le pays dont le taux de contamination au Covid-19 est le plus élevé du monde, sont fermées depuis octobre. «C’est vraiment horrible. Certains enfants n’ont pas quitté leur maison depuis des semaines. Ils se contentent de se lever et d’allumer leur ordinateur», déclare Dana Gavrinevova à l’AFP.

Zlatko Marinov, un expert en obésité infantile à l’hôpital Motol de Prague, voit se profiler une vraie crise. Selon lui, la proportion des enfants classés en surpoids restait «stable» avant la pandémie, à environ 25%, avec environ 60% d’entre eux considérés comme obèses. «Désormais, ces proportions vont augmenter, 80% des enfants en surpoids seront obèses et nous craignons qu’il ne s’agisse d’une obésité grave avec des complications métaboliques», estime Zlatko Marinov.

Fermer les écoles est une «erreur»

La République tchèque est le premier pays au monde en termes de nouvelles infections pour 100 000 habitants au cours des 14 derniers jours, et le deuxième après la Slovaquie voisine pour le taux de décès. Le gouvernement, qui fait état de près de 1,2 million de cas de contamination et de près de 20 000 décès dans ce pays de 10,7 millions d’habitants, a fermé les restaurants et la plupart des magasins, mais aussi des centres de sports. Les écoles sont fermées, à l’exception des première et deuxième années du primaire et des jardins d’enfants.

«La diminution de l’activité physique des enfants et des adultes en raison des restrictions gouvernementales est nette», souligne Jiri Suchy, professeur en pédagogie sportive à l’Université Charles de Prague. Selon lui, le gouvernement a commis une «erreur» en fermant les écoles et en exhortant les habitants à rester chez eux. «L’interdiction des classes de sport, des sports collectifs et des entraînements a clairement un impact néfaste sur la forme physique des enfants et des jeunes», souligne Jiri Suchy.

«Va au moins promener ton chien!»

Dans son rapport mondial sur la situation des enfants en 2019, l’UNICEF a averti que l’obésité infantile n’arrête pas d’augmenter, la part des enfants en surpoids âgés de 5 à 19 ans étant passée de 10% à près de 20% entre 2000 et 2016. Ces enfants courent un plus grand risque de diabète de type 2, de stigmatisation, de dépression et d’obésité à l’âge adulte. Les maladies liées à l’obésité telles que les problèmes cardiaques et le diabète comptent parmi les causes les plus fréquentes de décès ou d’incapacité de travail dans les pays développés.

Le gouvernement tchèque envisageait de rouvrir davantage d’écoles à partir de mars, mais à la suite de l’envolée des contaminations, il a changé d’avis. «Les enfants devraient retourner à l’école le plus vite possible, avec des mesures de sécurité mais avec des activités sportives», estime Zlatko Marinov. Les enfants, en constante évolution, «n’apprendront jamais une activité physique raisonnable à la maison.»

Dana Gavrinevova oblige ses élèves à s’étirer devant leurs ordinateurs et à se filmer en train de faire du vélo, du patinage ou du ski à la place des classes de sport annulées. «Mais beaucoup ne comprennent pas pourquoi ils devraient faire cela», reconnaît-elle. «Alors à la fin je leur demande, levez-vous et allez au moins promener votre chien.»

(L'essentiel/AFP)