Pas de confinement

06 avril 2020 10:14; Act: 06.04.2020 15:01 Print

«La Suède joue à la roulette russe»

Écoles, cafés, restaurants et salles de gym restent ouverts dans le pays scandinave. La situation préoccupe de nombreuses personnes.

AFP

Sur ce sujet
Une faute?

La réaction du gouvernement suédois est très différente de celle du reste du monde face à la crise du coronavirus. Alors que de nombreux pays sont en confinement et imposent des mesures strictes, la Suède a une tout autre approche. Elle mise sur le bon sens de la population. «Chacun est responsable de son propre bien-être, de celui de ses voisins et de sa propre communauté locale. Cela s'applique en temps normal comme en temps de crise», explique la ministre des Affaires étrangères, Ann Linde.

Ainsi, les jardins d'enfants et les écoles primaires sont encore ouverts. Jusqu'à il y a quelques jours, la limite des réunions était de 500 personnes. Les stations de ski viennent tout juste d'être fermées. Les visites dans les maisons de retraite ont été interdites cette semaine. Enfin, les restaurants et bars restent ouverts.

«Non, on ne fait pas comme si de rien n'était»

Cette manière dont la Suède gère la crise sanitaire liée au Covid-19 soulève de nombreuses questions critiques. En effet, les autorités suédoises ont été accusées ces dernières semaines, tant au niveau international que national, de mettre en danger la vie des citoyens faute de mesures assez strictes pour endiguer la pandémie. Dans une tribune parue la semaine dernière, 14 scientifiques se sont interrogés sur l'insistance du pays à suivre cette ligne quand la Grande-Bretagne est, elle, rentrée dans le rang en renonçant à l'approche souple qu'elle avait aussi adoptée initialement.

Ce pays de 10,3 millions d'habitants vient de franchir le cap des 6 000 cas confirmés et déplore déjà 333 morts, une mortalité nettement plus élevée que celle observée chez ses voisins nordiques. Plus tôt cette semaine, l'épidémiologiste Anders Tegnell avait déclaré que si la Suède avait observé une courbe des contaminations relativement plate jusqu'alors, celle-ci commençait à s'accentuer, alors même que les services de santé font état d'un manque d'équipement et de personnel. Signe d'une mobilisation accrue, un hôpital de campagne va ouvrir à Stockholm, ce week-end, pour accueillir des patients.

Malgré des signes inquiétants, le gouvernement rejette tout procès en passivité. «Non, on ne fait pas comme si de rien n'était en Suède», s'est défendue la ministre de la Santé, Lena Hallengren, lors d'une réunion avec la presse internationale, jeudi, à Stockholm.

Mesures non contraignantes

Le pays a tout de même introduit une série de mesures non contraignantes et est prêt à en faire davantage si nécessaire, souligne Lena Hallengren. Des aides économiques visent à réduire le coût des arrêts maladie, le télétravail est encouragé et les autorités ont recommandé à plusieurs reprises aux personnes présentant des symptômes du virus de s'isoler. Parmi les mesures les plus strictes jusqu'à présent figurent l'interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes et celle des visites dans les maisons de retraite.

À ce stade, l'approche semble avoir trouvé un écho auprès des électeurs. Selon un sondage publié en début de semaine par le cabinet Novus, la confiance des Suédois à l'égard du gouvernement a sensiblement augmenté en mars: 44% des personnes interrogées disaient avoir confiance dans le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, contre 26% en février. Cependant, tous ne défendent pas l'approche adoptée. Marcus Carlsson, mathématicien à l'université de Lund (sud), a accusé le pays de jouer à la «roulette russe avec la population suédoise», dans une vidéo publiée sur YouTube.

(L'essentiel/afp)