Coronavirus en France

10 avril 2020 11:02; Act: 10.04.2020 12:31 Print

Se recueillir auprès du défunt, c'est 55 euros l'heure

La polémique enfle, en France, où les tarifs pour le stockage des victimes du virus dans un bâtiment du marché de Rungis choquent.

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Après un début de polémique autour de la gestion des cercueils dans un hall du marché de Rungis, le ministre de l'Intérieur a demandé jeudi, un «contrôle» des tarifications demandées aux familles endeuillées. «Il me semble anormal que les contraintes liées à la situation de confinement et à des mortalités massives soient imputées financièrement aux familles», a déclaré jeudi, Christophe Castaner, devant la mission d'information de l'Assemblée nationale sur l'épidémie de Covid-19.

Soulignant que «la morgue de Rungis était gérée par un opérateur privé», il a expliqué qu'en découvrant «les tarifs» pratiqués par celui-ci, il avait «demandé un contrôle». Jeudi soir, le ministère de l'Intérieur a annoncé que l'État «prendra en charge les frais supplémentaires occasionnés par les délais d'inhumation», soit les 35 euros par jour supplémentaires au-delà des six jours réglementaires. «Une mission sera diligentée pour s'assurer du caractère strictement conforme à la réglementation» des autres prestations facturées par le prestataire, a précisé Beauvau.

«On meurt tout seul et la famille paie le frigo pour récupérer ses morts»

Un hall du marché de gros de Rungis, dans le Val-de-Marne, a été réquisitionné, début avril, par le préfet de police, pour recevoir les cercueils des victimes du coronavirus. Sa gestion a été déléguée à un opérateur funéraire, OGF. «Le passage du cercueil à Rungis est payant pour les familles. Et ça, ce n'est pas acceptable», a déclaré mercredi soir sur BFM Sandrine Thiefine, présidente des pompes funèbres de France, déclenchant la polémique.

«Le nouveau monde d'aujourd'hui c'est donc ça: on meurt tout seul sans une main amie et la famille paie le frigo pour récupérer ses morts? Ça suffit! On peut confiner nos corps mais pas notre humanité!», a tweeté le chef de file de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Éric Ciotti, député Les Républicains, a dénoncé aussi sur Twitter «l'indignité absolue et sans limites, faire payer la conservation d'un corps en plus d'une mort dans une solitude complète et d'obsèques a minima. Jusqu'où ira l'inhumanité? Cette crise révèle parfois et malheureusement le pire».

Le député RN Bruno Bilde a demandé, dans une question écrite à Christophe Castaner, «comment le préfet de police de Paris peut justifier ces règles indécentes» et ce que «compte faire le gouvernement pour mettre fin à ce marché de la honte».

«La journée supplémentaire à 35 euros»

«Un bâtiment excentré et isolé du marché de Rungis a été réquisitionné», a réagi jeudi sur Twitter le Marché de Rungis, «les familles endeuillées y accèdent gratuitement. Notre rôle s'arrête ici. Nos pensées vont aux familles». La gestion du lieu a été confiée à OGF, concurrent de Mme Thiefine, selon une source proche du dossier. «Les tarifs sont ceux qui se pratiquent dans les funérariums», selon cette source. Une trentaine de cercueils y ont été reçus le week-end dernier, selon cette même source.

L'opérateur privé OGF prévoit un «forfait de 6 jours» à 159 euros pour «l'admission et le séjour en condition de conservation du cercueil fermé et scellé», selon un document que s'est procuré l'AFP. Le délai légal de six jours pour inhumer un défunt étant souvent dépassé pour cause de surmortalité due au coronavirus, «la journée supplémentaire est facturée 35 euros», selon ce même document.

«Des tarifs pas si élevés»

Un espace de recueillement est à la disposition des familles, au prix de 55 euros pour «une heure maximum», est-il précisé. «Si les corps n'étaient pas déposés à Rungis, ils seraient transférés dans un funérarium», a expliqué à l'AFP, Camille Strozecki, des Pompes funèbres 1887 qui a déposé deux cercueils à Rungis. «Pour un décès classique, une semaine en funérarium à Paris coûte environ 750 euros. Les tarifs appliqués à Rungis ne sont donc pas si élevés», selon lui.

«En ce moment, le délai est plutôt de 10 jours que 6 de jours pour l'organisation des funérailles» confirme-t-il, et actuellement un «changement dans la législation allonge le délai pour organiser les funérailles à 21 jours au lieu des 6 jours ouvrés habituels». La société OGF, contactée par l'AFP, n'avait pas encore réagi.

(L'essentiel/afp)