Avec la pandémie

28 mai 2020 09:35; Act: 28.05.2020 10:23 Print

Travailleuses du sexe en télétravail, pas simple

Avec le confinement, entre télétravail et les risques sanitaires, le quotidien de milliers de travailleurs du sexe est tout chamboulé. Reportage.

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«Beaucoup de femmes ont migré sur Internet. Mais si vous avez trois enfants à la maison qui courent partout, c'est très difficile de travailler en ligne», explique Laura Watson, porte-parole du Collectif anglais des prostituées. (photo: AFP)

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Dans une petite rue d'un quartier branché de Londres, une pièce remplie de fauteuils en cuir et d'instruments métalliques prend la poussière. Ce n'est pas un salon de coiffure mais un hôtel sado-maso, fermé en raison de la pandémie de nouveau coronavirus. Les portes du Hoxton Dungeon Suite, qui accueille en temps normal des amateurs de pratiques «BDSM» (pour «bondage, domination, sado-masochisme») et emploie plusieurs dominatrices, ont fermé avec le confinement imposé fin mars au Royaume-Uni.

«Le face à face (avec les clients) a disparu, seul reste désormais Internet», résume la propriétaire du «donjon», Madame Caramel. Face au confinement, de nombreux travailleurs de l'industrie du sexe ont désormais migré en ligne pour assurer leurs revenus. C'est le cas de Maîtresse Evilyne, une dominatrice londonienne qui connaît un petit succès sur la plateforme pour adultes OnlyFans. Selon elle, un compte sur ce service peut rapporter 800 livres, soit près de 900 euros par mois, revenu souvent complété grâce à du contenu sur d'autres sites, comme Clips4Sale ou iWantClips.

Ce n'est pas la demande qui manque, malgré les risques

«On ne peut évidemment plus se donner rendez-vous physiquement», explique celle qui pratique d'habitude dans son petit appartement du sud-est de Londres, où traînent chaînes, fouets, baillons et autres outils BDSM délaissés. Pourtant, ce n'est pas la demande qui manque, malgré les risques. «Il y a tellement de gens qui envoient en ce moment des emails à toutes les dominatrices que je connais, moi-même y compris, pour demander des séances au mépris des consignes de sécurité», confie Maîtresse Evilyne.

Si cette dernière parvient à gagner sa vie en ligne, c'est loin d'être le cas des 72 000 travailleurs du sexe qui peuplent le Royaume-Uni, selon une estimation gouvernementale réalisée en 2016. «Beaucoup de femmes ont migré sur Internet. Mais si vous avez trois enfants à la maison qui courent partout, c'est très difficile de travailler en ligne», explique Laura Watson, porte-parole du Collectif anglais des prostituées. La prostitution est légale dans le pays, mais pas le racolage.

Et si la vie quotidienne commence à reprendre son cours en Angleterre avec les premiers allègements du confinement, qui permettent de se déplacer davantage à l'extérieur, le retour à la normale est loin d'être effectif pour les travailleuses du sexe. Malgré la pression financière, Madame Caramel a prévu «d'attendre jusqu'à ce que presque tout rouvre» pour ne prendre aucun risque. «Je veux me couvrir aussi, parce que si quelqu'un tombe malade dans mon donjon, je ne suis pas assurée».

(L'essentiel/afp)