Face au virus

04 février 2021 08:53; Act: 04.02.2021 10:54 Print

Un «confinement strict» de toute l'Europe sera la clé

Face aux mutations du virus, l’épidémiologiste Antoine Flahault juge que la vaccination ne suffira pas. Il prône un confinement bref, puis l’isolement du continent!

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À Taïwan, le 2 janvier, des fans assistaient au concert du groupe de death metal Dharma. (photo: Sam Yeh/AFP)

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Mardi soir, le journal Le Monde faisait état d’une information émise par l’agence de santé publique anglaise: le variant britannique continue de muter, et sa dernière modification risquerait de le rendre plus résistant aux vaccins. Face à cette situation, certes encore hypothétique, la question de la stratégie de vaccination se pose.

L’Europe n’est-elle pas engagée dans une course contre la montre qu’elle est vouée à perdre, perpétuellement dépassée par les évolutions successives du virus? L’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, plaide pour un changement de stratégie, inspiré des pays asiatiques, avec le mot d’ordre suivant: vivre sans le virus plutôt qu’avec. Ce qui impliquerait un fort coût d’entrée: un confinement strict et généralisé. Interview.

Comment appréhendez-vous les récentes mutations du variant anglais?

Antoine Flahault: Le virus mute, c’était attendu. Il ne mute pas trop vite, mais néanmoins assez fréquemment pour que ce soit une cause de préoccupation. Sa mutation, présente sur la protéine spike, l’a rendu davantage transmissible. À quel point, cela fait encore débat, mais il semble que ce soit moins qu’initialement annoncé, plutôt aux alentours de 35%. En revanche, il est aussi rapporté que sa létalité a augmenté. Certains papiers parlent de 30%, d’autres de 60%.

Est-il possible de faire face?

Les Anglais ont repris le dessus sur la base d’un lockdown strict. Idem pour les Danois. Là-bas, la reprise en main est claire pour l’ancienne souche, le taux de reproduction effectif (Re) ayant chuté sous les 0,7. Mais il est toujours supérieur à 1,2 pour la nouvelle souche. C’est néanmoins le signe qu’avec les mesures actuelles, nous sommes encore en mesure de contrôler ce virus. C’est difficile, mais possible.

Mais si le virus continue sans cesse de muter, la course contre la montre n’est-elle pas irrémédiablement perdue?

Il existe des motifs d’optimisme quand on regarde l’état de la pandémie dans le monde. Ici, nous passons l’hiver à batailler contre ce virus, mais en Asie et dans le Pacifique, à Taïwan, au Japon, en Corée, en Australie, la situation est beaucoup plus sereine, une vie presque normale a repris son cours. Nous devons nous tourner vers ces champions. L’enjeu, c’est de mettre en œuvre une politique analogue, celle de ceux qui ont su maîtriser le problème.

Mais ce sont des îles, pour la plupart…

Oui, mais en disant cela, on prend du retard. Bien sûr, on ne peut pas penser qu'un pays résolve seul la situation sur son sol. En revanche, l’Europe de Schengen le peut. Elle pourrait se cadenasser et adopter la politique asiatique. Si la situation était maîtrisée à l’intérieur de l’Europe, la vie économique pourrait y redevenir florissante, et le moral de la population remonterait. On pourrait à nouveau partir en Grèce en vacances. L’enjeu se trouve là.

Il s’agit donc d’adopter la stratégie de l’isolement continental en lieu et place de celle de la vaccination?

Il s’agit d’ajouter à la vaccination une politique «zéro Covid». Si l’Europe est d’accord de s’orienter vers cette solution, cela suppose une très grande sécurisation des frontières, un traçage plus efficace et un isolement plus efficace des personnes infectées. Mais il y a un préalable indispensable à la mise en œuvre de cette politique: revenir au niveau zéro de circulation du virus.

C’est-à-dire passer par un confinement strict?

Oui. Il y a un coup de collier initial à donner, un investissement initial à faire. Mais le bénéfice serait assez rapide. C’est cela l’enjeu, et il doit être européen. Une action coordonnée et un objectif partagé avec les pays limitrophes sont indispensables.

Pourquoi ne pas construire plus d’hôpitaux pour soigner, plutôt que de confiner?

Ce pourrait être une possibilité, mais elle fait froid dans le dos. Construire des hôpitaux, c’est une sorte de défaitisme. Cela signifie qu’on accepte de perdre la guerre. Cela signifie beaucoup de morts, beaucoup de gens qui vont souffrir. Cela voudrait dire qu’on laisserait faire l’épidémie. Je préfère rêver à la solution taïwanaise ou coréenne.

Vous êtes donc optimiste quant à notre capacité à venir à bout de cette épidémie?

Si tous les pays du monde se trouvaient dans notre situation, je n’afficherais pas cet optimisme. Mais ce n’est pas le cas. Nous pourrions donc essayer de transformer l’Espace Schengen en une grande île, afin de vivre sans ce virus plutôt que de vivre avec lui.

N’y a-t-il pas un risque que les effets collatéraux d’un confinement strict, sociaux et économiques, dépassent les bénéfices attendus?

Il existe bien sûr des effets indésirables. Mais nous avons un ennemi, c’est ce virus. Nous avons aujourd'hui le recul nécessaire, les connaissances nécessaires, et nous sommes dans une phase de plateau épidémique, durant laquelle il est possible de discuter et de débattre. Nous ne sommes pas comme les Anglais qui sont passés à trois semaines de l’effondrement de leur système de santé – et là, on ne discute pas. Il s’agit donc de regarder les exemples autour de nous.

Mais que faire pour rendre acceptables les dommages collatéraux?

Il y a ceux que l’on peut compenser, comme les pertes de gain. Il y en a d’autres que l’on ne peut pas compenser, comme la fermeture des écoles et des universités. Là, ce qui est perdu est perdu. Il faut donc savoir ce que l’on veut éviter à tout prix.

Maintenir les écoles ouvertes est donc souhaitable?

Malheureusement, je pense que leur fermeture est indispensable pour reprendre la main. Mais peut-être y a-t-il moyen de le faire en réaménageant le calendrier scolaire, en allongeant la fermeture des écoles durant les vacances de février, puis en compensant. Il s’agit d’être inventif. Fermer deux mois est inutile.

(L'essentiel/Jérôme Faas)

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Les commentaires les plus populaires

  • Sebe le 04.02.2021 11:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ça pas été fait en mars avril. Le confinement sert à rien. Protégeons les anciens et laisser nous vivre

  • Sebe le 04.02.2021 12:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Regarder snapchat vous verrez. Israël Suède Danemark ça vie normalement.

  • Gilles le 04.02.2021 13:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Zéro Covid ? Sérieux ?? Zéro cancer ? Zéro HIV ...... Continuez à rêver. Et ceci de la bouche d‘un scientifique. Bien que Zéro Grippe est réussi, sans vacciner tout le monde, grâce au Covid, pardon, grâce au gestes barrières. mdr

Les derniers commentaires

  • persiste le 05.02.2021 05:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Tant que les gens prendront l avion et partent en vacances, malheureusement le virus restera parmi nous . Tant que les pays frontaliers ne se mettent pas ok sur les mêmes restrictions confinements 2 mois / 3 mois efficaces, malheureusement le virus persistera . Tant que les gens ouvriers employés soignants ne porteront pas leur masque le virus persistera .

  • Dark le 05.02.2021 00:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Nous n'avons jamais eu de vrai confinement . Trop de laxisme...On ferme ah non ça on ouvre puis on referme c'est n'importe quoi .

  • Dark le 05.02.2021 00:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cette pétition n'aurait jamais dû être acceptée elle ne va servir qu'à sonder l'opinion publique ça ne servira à rien.

  • La preuve par A + B le 04.02.2021 22:08 Report dénoncer ce commentaire

    Pour les scéptiques sur le fait que les traitements existent, comme celui du Pr Raoult, un journaliste pour Les Echos à Marseille témoigne : rechercher sur "France Bleue Coronavirus : un journaliste raconte son traitement à l'hydroxychloroquine". Les médias mainstream ont bien fait leur travail de sappe pour que la seule solution soit le supposé vaccin, et peu importe les milliers de morts qui auraient pu être éviter. C'est vraiment criminel.

  • luxpanique le 04.02.2021 21:56 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    @Sherif 100% d’accord.