«Borg-McEnroe»

07 novembre 2017 11:15; Act: 07.11.2017 11:44 Print

Le duel Borg-​​McEnroe ressuscité au cinéma

L'une des plus grandes rivalités de l'histoire du tennis est revisitée dans les salles obscures mercredi, avec la pression en filigrane, celle qui dévore et consume.

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Wimbledon 1980: la suprématie du flegmatique suédois Björn Borg (24 ans), en quête d'un cinquième trophée consécutif, est contestée par un jeune Américain (21 ans) aussi caractériel que pétri de talent, John McEnroe dans une finale d'anthologie. «Iceborg», incarné par l'acteur nordique Sverrir Gudnason - qui n'avait jusque-là jamais touché une raquette - l'emporte face à «Super Brat» (le super sale gosse), campé par la vedette américaine Shia LaBeouf après presque quatre heures de lutte acharnée (1-6, 7-5, 6-3, 6-7 (16/18), 8-6).

Dont un jeu décisif à couper le souffle, théâtralisé par le réalisateur danois Janus Metz. Comment se relever après avoir manqué sept balles de match? Au lieu de sombrer, Borg fait front et sort victorieux du dernier acte. À l'époque, rien ne semblait pouvoir résister à l'imperturbable Scandinave qui avait entrepris un long travail sur lui-même dès l'adolescence, aidé par son mentor Lennart Bergelin (campé par Stellan Skarsgard) pour ne plus se laisser envahir par ses émotions.

Borg ambitionnait déjà de devenir n°1 lorsque, gamin, il peaufinait sa technique et son fameux revers à deux mains sur la porte du garage de ses parents, à Södertälje (sud-ouest de Stockholm), comme Leo Borg - lui aussi tennisman, qui joue le rôle de son père jeune - le restitue dans le film. Pourtant, en coulisses, le «mur» qui avait si souvent renvoyé au vestiaire la concurrence à Londres et Paris (6 titres à Roland-Garros entre 1974 et 1981) commençait à s'effriter.

«Un volcan au bord de l'implosion»

Borg est en proie à la hantise de perdre. Il s'inclinera d'ailleurs l'année suivante en finale à Londres ainsi qu'à l'US Open (pour la 2e fois de suite) face à McEnroe et sa carrière prendra fin officieusement à 25 ans. En grand perfectionniste, McEnroe ne supporte pas non plus l'échec. L'Américain ne parvient pas à canaliser sa rage et vilipende les arbitres dans des accès de colère mémorables, dont le fameux «You cannot be serious».

À l'inverse, Borg a appris à tout intérioriser tel «un volcan au bord de l'implosion», selon le propos du film, plus intéressant pour les émotions ressenties - voire imaginées - que les séquences succinctes de tennis. Les rivaux, qui deviendront amis, ont chacun des failles et ne sont finalement pas si différents sur le plan humain alors que tout les oppose.

Des scènes «pas très réalistes»

La comparaison est inévitable entre le lifteur à la crinière blonde et l'actuel n°1 mondial Rafael Nadal, bourré de tics sur un court. Dans l'univers aseptisé du tennis d'aujourd'hui, les insultes que le Britannique Andy Murray se profère à lui-même font écho aux coups de gueule de McEnroe à une époque où les joueurs pouvaient davantage se lâcher.

L'Australien Nick Kyrgios, qui empile amende sur amende pour ses nerfs à vif, n'en paraît que plus humain à la lueur de ce long-métrage, jugé correct par Borg mais pas par McEnroe. «Big Mac» a déploré des scènes «pas très réalistes» et de ne pas avoir été associé au projet.

Rarement portées à l'écran, les coulisses du tennis font l'objet d'un autre film qui, coïncidence, sort deux semaines après. «The battle of sexes» raconte le combat de l'Américaine Billie Jean King pour obtenir l'égalité des gains hommes-femmes. Silence, les spectateurs sont prêts...

(L'essentiel/afp)