Au Cinéma

17 février 2017 08:43; Act: 17.02.2017 11:53 Print

«Chez Nous», le film engagé qui énerve le FN

Une dirigeante d'extrême-droite blonde, une petite ville du Pas-de-Calais: les images de «Chez nous», qui sort le 22 février, ont fortement déplu au Front national.

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Au vu de la seule bande annonce, Florian Philippot, vice-président du FN, s'était déjà indigné début janvier: «Je trouve ça proprement scandaleux qu'en pleine campagne présidentielle, (...) on sorte dans les salles françaises un film qui est clairement anti-Front national», avait-il dénoncé. Ce long-métrage se déroule dans une ville imaginaire du Pas-de-Calais baptisée Hénard, évocation limpide d'Hénin-Beaumont, fief du FN. Dans «Chez Nous», Emilie Dequenne est Pauline Duhez, une infirmière à domicile qui vit seule avec ses deux enfants et doit s'occuper de son père, ancien métallurgiste communiste.

Connue dans la ville et appréciée par ses patients, elle est approchée par des dirigeants d'un parti d'extrême droite, le «Bloc patriotique». Elle se voit alors proposer d'être leur candidate, tête de liste aux municipales, aux côtés de la dirigeante du parti Agnès Dorgelle (Catherine Jacob). Au départ hésitante, Pauline va se laisser séduire par ce parti populiste dont elle pense qu'il peut aider les ouvriers.

Rattrapé par son passé

Dixième long-métrage au cinéma du réalisateur belge Lucas Belvaux, installé en France depuis plusieurs décennies, ce film co-écrit avec l'écrivain Jérôme Leroy, auteur du polar politique «Le Bloc» (2011), suit le personnage de Pauline. Il décrit avec finesse sa fulgurante ascension et les sentiments successifs qu'elle éprouve, du doute à la fascination face au discours flatteur et séduisant du Bloc patriotique, puis à la colère.

Ce film, à la croisée du cinéma social et de la politique, s'intéresse en même temps aux rouages et à la rhétorique de ce parti, qui veut montrer une image respectable mais est rattrapé par son passé et ses composantes les moins acceptables. Aux côtés d'Emilie Dequenne, Guillaume Gouix incarne Stéphane, ancien amour de jeunesse de Pauline devenu un militant violent d'extrême droite, qui n'hésite pas à passer à tabac des immigrés. André Dussolier incarne un médecin, notable de la ville, à l'allure empathique et rassurante, qui entraîne Pauline vers le Bloc patriotique.

«Ce qui est dit est vrai»

«Marine Le Pen est l'une des sources d'inspiration, mais ce n'est pas la seule», a assuré à l'AFP Lucas Belvaux. «Un sacré navet en perspective», s'était insurgé sur Twitter le maire d'Hénin-Beaumont Steeve Briois, vice-président du FN. Lucas Belvaux dit avoir été «surpris» par la «brutalité» des réactions du FN. Il entend vouloir «participer au débat» avant la présidentielle, estimant avoir fait un film «engagé» mais pas «militant».

«Ce n'est pas un film à charge contre le FN dans le sens où je n'invente rien», dit-il. «Je ne suis encarté nulle part, et le film n'appelle à voter pour personne. Donc dans ce sens, il n'est pas militant. Il est engagé dans le sens où il dit haut et fort ce que je pense». Pour lui, ce film est «une sorte d'état des lieux de ce qu'est ce parti aujourd'hui, et 90% de ce qui est dit est vrai».

(L'essentiel/AFP)