«Le musée des merveilles»

16 novembre 2017 09:52; Act: 16.11.2017 11:20 Print

Le réalisateur de «Carol» retrouve son âme d'enfant

Le cinéaste américain Todd Haynes signe avec «Le Musée des merveilles» une ode au cinéma à travers les destins de deux enfants sourds à cinquante ans d'intervalle.

Peinture de la solitude et de l'émerveillement de l'enfance, le film conte les destins parallèles de Rose et Ben, l'un en 1927, l'autre en 1977. Elle est sourde de naissance et trompe son ennui en allant voir des films muets qui s'apprêtent à être remplacés par le parlant, lui vient de perdre sa mère (jouée par Michelle Williams) et perd l'audition après avoir été frappé par la foudre.

Tous deux vont s'enfuir à New York, sur les traces d'un parent absent: le père que Ben n'a jamais connu, la mère que Rose aimerait voir plus souvent. Une échappée dans la Grosse Pomme, à hauteur d'enfant donc, qui n'est pas sans évoquer certains romans de Charles Dickens, peuplés d'orphelins à la recherche de leurs origines.

«Ça avait du sens pour l'histoire»

Si Todd Haynes collabore une nouvelle fois avec son actrice fétiche, Julianne Moore (dans un double rôle dont celui d'une vieille dame), ce sont les enfants qui tiennent la vedette, en premier lieu Millicent Simmonds (un «miracle», dit d'elle le réalisateur), malentendante dans la vraie vie. Elle a été découverte lors d'un casting mené à travers tous les États-Unis auprès de personnes sourdes. C'est sa première apparition à l'écran.

«C'était un risque mais ça avait du sens pour l'histoire», souligne le réalisateur. À ses côtés, les jeunes acteurs Oakes Fegley (dans le rôle de Ben) et Jaden Michael (dans celui de Jamie, l'ami entendant), impressionnent et émeuvent tout autant. «Le casting des enfants a été la base du travail», souligne le réalisateur de «Loin du paradis» et de «Carol» qui, pour ce nouveau long-métrage, avait en tête le classique américain «Miracle en Alabama» (1962) sur l'enfance d'Helen Keller, sourde, muette et aveugle, avant de sortir de son isolement grâce à une éducatrice.

Un hommage au 7e art

Pour faire revivre le monde de l'enfance, Todd Haynes a choisi de privilégier «les images et la temporalité» aux dialogues, réalisant un film en deux parties, l'une en noir et blanc empruntant aux codes du muet et à l'expressionnisme, l'autre dépeignant le New York grouillant des années 70 à travers une palette chaude et une musique aux accents funk.

Le travail sur le son et la musique (avec «Space Oddity» de David Bowie comme fil rouge) apporte également beaucoup, d'autant plus que les personnages principaux communiquent par mots laissés sur des carnets ou en langue des signes.

«On a voulu rendre hommage à ce qu'on peut faire avec nos mains, le langage des signes, ou les passions de Rose», qui aime faire des maquettes, souligne Todd Haynes, qui a logiquement voulu rendre hommage au septième art dans son film, produit par Amazon et en compétition au dernier festival de Cannes.

(L'essentiel/afp)