«Un homme pressé»

07 novembre 2018 15:01; Act: 07.11.2018 15:26 Print

Fabrice Luchini s’emmêle les mots avec délectation

Dans «Un homme pressé», le comédien français joue un personnage qui perd le contrôle de son langage, à la suite d'un AVC. Et c’est jouissif!

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«Elle est où, ma psychopathe?», s’écrie Alain (Fabrice Luchini) en cherchant du regard son orthophoniste (Leïla Bekhti). N’y voyez pas une injure. Autrefois bête de travail, homme d’affaires sûr de son éloquence, Alain est victime d’un AVC. Du jour au lendemain, il se réveille les mots en pagaille, quand il ne les perd pas comme les bribes de sa mémoire. Il ne reconnaît plus sa maison, vocifère des ordres sans queue ni tête ou franchement vulgaires, dit «Au revoir» pour «Bonjour». Bref, c’est l’aphasie dans toute sa splendeur. La rééducation, verbale, mais aussi existentielle, ne va pas être de tout repos...

C’est sûr: voir Fabrice Luchini, l’amoureux exubérant des auteurs classiques et des chanteurs populaires, prononcer des insanités avec bonne foi, perdre son latin, bredouiller sans gâcher la qualité de sa diction, c’est un pur délice. Pour le spectateur et pour l’acteur, dont le bonheur à s’aventurer dans ce territoire inédit du verbe l’emporte parfois sur le malheur vécu par le personnage qu’il incarne.

Le réalisateur, Hervé Mimram («Tout ce qui brille»), a bien tenté un tableau réaliste des conséquences d’un AVC. Mais il se fait littéralement phagocyter par le plaisir manifeste de Luchini. «Un homme pressé» est truffé de dialogues savoureux, comme autant de jeux, dont on ne se lasse pas.

(L'essentiel)