Film polémique

13 décembre 2014 15:56; Act: 15.12.2014 13:36 Print

«L'interview qui tue!» rend fou Kim Jong-​​un

La Corée du Nord a juré des «représailles sans merci» contre une comédie sur un complot de la CIA pour supprimer Kim Jong-Un, distribuée par Sony Pictures.

Une faute?

On peut légitimement se poser la question: Kim Jong-un n'a-t-il aucun sens de l'humour? Certes, le leader autoritaire nord-coréen n'est pas connu pour être un plaisantin, mais après avoir vu «L'interview qui tue!», on a du mal à comprendre ce qui le froisse tant dans cette comédie de Seth Rogen. Peut-être est-ce l'humour potache tendance scatologique du film, un croisement entre James Bond et «Very bad trip». Ou Kim Jong-un a-t-il réellement eu peur que le complot fictif de la CIA pour assassiner le chef de l’État coréen mis en scène dans le film pousse brusquement ses sujets à la rébellion?

Quoi qu'il en soit, la Corée du Nord a juré des «représailles sans merci» contre le long-métrage distribué par Sony Pictures, qu'il qualifie «d'acte de terreur». Le studio de cinéma a été victime d'une attaque informatique massive fin novembre, qui s'est soldée par le vol de données personnelles de 47 000 personnes, la diffusion d'échanges électroniques très embarrassants pour les dirigeants de Sony Pictures, dont des remarques à caractère raciste visant le président américain Barack Obama, et la mise illégale sur Internet de cinq films du studio, dont deux qui ne sont pas encore sur les écrans.

«Cela va créer de la curiosité»

Paradoxalement, cette affaire qui pourrait s'avérer très coûteuse pour Sony devrait doper les perspectives du film au box-office: des spectateurs du monde entier qui auraient probablement ignoré cette comédie meurent à présent d'envie de voir cet objet cinématographique à l'origine d'une véritable crise diplomatique... Le film devait initialement sortir en octobre et doit maintenant arriver sur les écrans aux États-Unis le jour de Noël, une date importante car beaucoup d'Américains vont au cinéma en famille pendant les vacances de fin d'année.

«Cela ne fait certainement pas de mal à Sony Pictures d'avoir un pays qui prend position publiquement contre l'un de ses films», constate Jeff Bock, de la société spécialisée dans le box-office Exhibitor Relations, ajoutant: «Cela va créer de la curiosité, les gens vont vouloir voir pourquoi il fait tant de bruit».

Une agent sexy de la CIA

«L'interview qui tue!» met en scène Dave Skylark (James Franco), présentateur d'un journal télévisé. Lui et son producteur (Seth Rogen) se voient offrir la possibilité d'interviewer l'homme fort de la dictature communiste, dont l'incarnation dans ce film est prétendument fan de Dave Skylark. Mais une agent de la CIA sexy, l'Agent Lacey (Lizzy Caplan, vue dans la série «Masters of Sex»), convainc le duo de profiter de leur entrevue pour assassiner le dirigeant en lui administrant une dose de ricine.

Tout se déroule comme prévu jusqu'à ce que le duo arrive à Pyongyang, et que Skylark passe une nuit folle avec Kim à parler de basket-ball et à faire des blagues à tendance homosexuelle ou sur les chansons de Katy Perry. Skylark ne se résout alors plus à tuer son nouvel ami, ce qui déclenche tout un enchaînement d'intrigues plus ou moins drôles jusqu'à un dénouement qui pourrait selon toutes probabilités ne pas être du goût du chef d’État. Cette amitié s'inspire de celle du vrai Kim avec la star retraitée du basket Dennis Rodman, invité à Pyongyang plusieurs fois.

(L'essentiel/AFP)