Carnet noir en France

31 juillet 2021 08:32; Act: 31.07.2021 13:36 Print

Jacob Desvarieux, leader du groupe Kassav', est mort

Le guitariste guadeloupéen, mort vendredi à 65 ans des suites du Covid, était l'un des fondateurs du groupe Kassav', qui a créé le zouk dans les années 80.

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Jacob Desvarieux en concert en 2009. (photo: AFP/Kambou sia)

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Le guitariste guadeloupéen Jacob Desvarieux, mort vendredi à 65 ans des suites du Covid-19, était l'un des fondateurs du groupe Kassav', monument aux Antilles qui a connu un énorme succès dans les années 80 en mélangeant des musiques locales pour créer un style, le zouk. De santé fragile depuis une greffe rénale, le musicien avait été hospitalisé le 12 juillet à Pointe-à-Pitre après avoir été contaminé par le coronavirus.

Parmi les nombreuses réactions à son décès, celle du judoka guadeloupéen Teddy Riner, qui a rendu hommage à «une immense voix des Antilles», tandis que l'ancienne ministre Christiane Taubira, originaire de Guyane, disait sa tristesse, se remémorant «sa voix, sa dégaine, son talent, sa joie, ce sourire, cette inclinaison de la tête et même sa salopette des débuts». «Les Antilles, l'Afrique et la musique viennent de perdre l'un de ses plus grands Ambassadeurs. Jacob, grâce à ton art, tu as rapproché les Antilles à l'Afrique. Dakar, où tu as vécu, te pleure. Adieu l'ami», a tweeté le chanteur sénégalais Youssou Ndour.

«Au départ, c'était un laboratoire: nous cherchions à trouver une bande-son qui fasse la synthèse de toutes les traditions et sons antérieurs, mais qui soit exportable partout», avait raconté le musicien au journal Libération en 2016. Un cocktail qui donnera naissance à des tubes festifs et dansants chantés en créole, comme «Zouk la sé sèl médikaman nou ni» (1984, sur un album que Desvarieux cosigne avec un autre fondateur de Kassav' mais qui ne sort pas sous le nom du groupe) ou «Syé bwa» (1987). «À travers notre musique, nous interrogions nos origines. Qu'est-ce qu'on faisait là, nous qui étions noirs et parlions français?», expliquait à Libé Desvarieux, la voix douce et voilée et les cheveux blanchis par les années.

«Comme les Afro-Américains des États-Unis, nous cherchions des réponses pour reprendre le fil d'une histoire qui nous avait été confisquée», ajoutait-il. Kassav' explose en même temps que la «world music», les musiques du monde: au milieu des années 80, le public a soif de musiques lointaines et métissées. «Notre musique se devait d'être "antillaise", c'est-à-dire reconnue par les Antillais, contrairement à ce qu'il se passait alors avec la world music: il s'agissait d'une musique anglo-saxonne avec un chanteur du tiers-monde, chantant parfois dans sa langue», nuançait toutefois Jacob Desvarieux.

Kassav' (en référence à la cassave, une galette de manioc) est fondé en 1979 par des artistes guadeloupéens, Pierre-Edouard Decimus (du groupe Les Vikings de la Guadeloupe) et Freddy Marshall. Ils recrutent d'autres musiciens, dont Desvarieux, né en 1955 à Paris et qui, comme guitariste, revendique des influences rock, de Chuck Berry à Jimi Hendrix. La base du style du groupe est le gwo ka, musique guadeloupéenne marquée par les tambours. Il y ajoute d'autres ingrédients venus de toutes les Caraïbes - compas haïtien, biguine... - et un emballage moderne, avec de la basse, des cuivres et des claviers.

(L'essentiel/afp)