Johnny Hallyday

17 octobre 2018 10:05; Act: 17.10.2018 10:58 Print

2016-​​2018: de la maladie à son dernier album

«Mon pays c'est l'amour», ultime projet artistique de Johnny Hallyday, sortira vendredi. Retour sur les deux ans nécessaires à la réalisation de son dernier opus studio.

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Johnny Hallyday est mort le 5 décembre 2017. (photo: AFP/Thibault Camus)

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En cette matinée californienne du 19 octobre 2016, le «taulier» est d'humeur maussade. Le check-up a livré son verdict: la vilaine toux qui le gêne depuis plusieurs mois est due à la présence d'une tumeur au poumon. À l'autre bout du fil, à plus de 9 000 km de là, un journaliste de RTL le joint à l'heure prévue pour une interview. Au menu, son album live à paraître. «Pro», Johnny se plie à l'exercice.

Puis, comme une déclaration de guerre à la fatalité, annonce la mise en chantier de son 51e album studio. «Yodelice (Maxim Nucci, qui a réalisé son précédent opus) va me rejoindre, Yarol (Poupaud, son guitariste) aussi. On va enregistrer l'année prochaine, pour l'instant on en est à l'écriture», lance Johnny, qui promet un album rock «avec pas mal de country aussi». «Je l'enregistrerai à Nashville et à Memphis».

Nucci et Bertrand Lamblot, son directeur artistique, se mettent au travail. Le premier s'attelle à la composition des morceaux. Le second sélectionne les textes, dont ceux de Miossec et Pierre-Dominique Burgaud. En novembre, Johnny commence ses séances de chimiothérapie. «La perspective d'un album est tombée au moment où il a appris sa maladie. J'étais tétanisé. Je n'étais plus du tout dans l'idée de le réaliser, mais de lui apporter des chansons, car je savais qu'une chanson pourrait potentiellement lui faire du bien. Il ne m'a jamais autant mis la pression. J'ai dû écrire 26 musiques, il en a jeté la moitié», raconte Nucci.

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Le 28 février, au terme d'une visite d'une semaine, sa fille Laura Smet s'apprête à repartir en France. Johnny la raccompagne devant la porte de sa propriété de Pacific Palisades. Il est en larmes, comme en témoignent des photos publiées peu après dans Paris Match. Johnny, dans la précipitation, doit officialiser sa maladie une semaine plus tard, après le message alarmant apparu sur le compte Facebook - «piraté», se défendra-t-elle - de Laura, annonçant que son père souffre d'un «cancer métastasé» et qu'il est «condamné».

Plus de temps à perdre: Johnny commence l'enregistrement de l'album à l'Apogee Studio de Santa Monica. Il pose sa voix sur trois maquettes. Boosté, il poste sur Twitter une photo (plus ancienne), sur laquelle on le voit, sourire hargneux, faire un doigt d'honneur, entouré de ses musiciens. Avec ce message: «Fuck the cancer». Après quoi, Johnny se ménage en vue de la tournée des Vieilles Canailles, avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, qui débute le 10 juin. Au dernier soir, le 5 juillet à Carcassonne, l'émotion est à son comble, car beaucoup savent qu'il a peut-être livré son dernier concert.

Mais pas encore sa dernière bataille. Le 5 août, en vacances à Saint-Barth, il surprend en annonçant une tournée pour 2018. «Il surprend aussi Miossec dans un courriel. Il lui demande de travailler à des reprises de Creedence Clearwater Revival», rapporte Benjamin Locoge, journaliste à Paris Match. Le 1er septembre, Johnny, marqué, affaibli, fait sa dernière apparition publique à Paris, aux obsèques de Mireille Darc. Mais le «taulier» trouve la force d'enregistrer sept autres chansons, fin septembre, début octobre, aux studios Guillaume Tell à Suresnes. «Il n'y a pas eu un moment pendant ces sessions où il s'est plaint. Ce qui fait qu'on travaillait ce disque comme un autre. À aucun moment il ne nous a fait sentir que ça pouvait être le dernier», affirme son manager, Sébastien Farran.

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Bertrand Lamblot se rappelle avec émotion ces séances de voix, «les meilleures qu'on ait faites». Pour Yarol Poupaud, cité par le magazine suisse L'Illustré, «il a chanté en étant très malade, amoindri. Mais une fois devant le micro, tu te demandais si c'était le même que celui que tu avais vu une demi-heure auparavant».

Johnny échoue pourtant à finir cet album, car sa santé se dégrade considérablement. Il décède le 5 décembre au soir. Ses fans, venus par centaines de milliers lui dire adieu sur les Champs-Élysées, n'attendent désormais qu'une chose: entendre ses dix dernières chansons.

À Los Angeles, encore très marqué, Maxim Nucci parachève l'album en janvier. «C'était épouvantable, très difficile de travailler sur sa voix, sur ses textes, qui, d'un coup, prenaient un autre sens. On a beaucoup pleuré. Je n'aurais jamais cru vivre quelque chose d'aussi difficile en faisant de la musique», témoigne-t-il. L'album est livré le 28 janvier, pour une sortie espérée au printemps. Mais en février, Laura Smet et David Hallyday contestent en justice le testament américain de leur père qui les déshérite au profit de Laeticia. Ils réclament aussi un droit de regard sur l'album. Ce que leur refuse le Tribunal de grande instance de Nanterre, le 13 avril. L'album peut alors être commercialisé.

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Les dix titres sont listés dans l'ordonnance: «J'en parlerai au diable», «Mon pays, c'est l'amour», «Made in rock 'n' roll», «Pardonne-moi», «4m²», «Back in LA», «L'Amérique de William», «Un enfant du siècle», «Tomber encore», «Je ne suis qu'un homme». Au Point, Laeticia décrit l'album comme celui «de la survie». «Johnny s'y est raccroché. Il ne s'est jamais autant impliqué».

Début septembre, Warner annonce la sortie de «Mon pays c'est l'amour» pour le 19 octobre, jour de la... Sainte-Laura. Aux dix chansons connues s'ajoute un interlude musical. Les journalistes ont pu découvrir lundi ce disque dont quelque 800 000 exemplaires vont être mis en vente vendredi, selon Warner. Laeticia doit assurer la promotion en fin de semaine dans Paris Match, au 20h de TF1, sur RTL, de cet album à l'enjeu colossal. Avec l'ambition un peu folle que d'ici Noël, il atteigne le million de ventes. Un album pas comme les autres, marqué du sceau de la vie, de la mort et de l'amour.

(L'essentiel/afp)

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