Affaire Cantat

06 juin 2018 11:31; Act: 06.06.2018 11:52 Print

Les fans de Noir Désir face à un dilemme

Les fans du groupe de rock hésitent désormais à aller aux concerts du chanteur Bertrand Cantat, condamné pour meurtre, qui effectue actuellement une tournée.

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Bertrand Cantat a repris la musique et les tournées après sa condamnation. (photo: AFP/Sebastien Bozon)

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Dans les années 90, ils allaient ensemble aux concerts de Noir Désir. Aujourd'hui, le cas Bertrand Cantat divise ces deux fans de la première heure: Benoît n'a pas hésité à prendre son billet quand Laurent n'a plus envie d'applaudir le chanteur, actuellement sur scène. Le dilemme résume celui de nombreux fans du groupe, dont le chanteur, condamné pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003, suscite la polémique, des féministes lui reprochant de «reprendre sa carrière, redevenir une vedette comme si de rien n'était».

«J'ai envie de voir ce qu'il fait, d'écouter sa musique»

Benoît Terrien, 42 ans, éducateur, est allé à un concert de Bertrand Cantat mardi. «J'avais pris ma place dès la mise en vente, en fin d'année. J'avais envie de continuer à voir ce qu'il donnait sur scène en solo. J'étais déjà allé le voir en 2014 avec son groupe Détroit. J'avais aimé parce qu'on retrouvait une veine Noir Désir. C'est après coup, que je me suis posé des questions, quand il y a eu l'annulation de ses concerts dans certains festivals. Je peux comprendre que des gens n'aient plus envie de le voir sur scène. En ce qui me concerne, c'est très personnel, c'est mon petit plaisir. Les paroles résonnent parfois différemment aujourd'hui, mais je recherche toujours sa poésie».

La polémique le fatigue parfois: «On nous oblige à choisir un camp. Je veux bien qu'on ne soit pas d'accord, mais parfois trop c'est trop. Je ne veux pas être obligé de me justifier: j'ai envie de voir ce qu'il fait, d'écouter sa musique, de voir comment il a évolué. Je ne défends évidemment pas ce qu'il a fait, mais je n'accepte pas qu'on en fasse un symbole parce c'est une personne publique. Il a purgé sa peine, il faut qu'il puisse passer à autre chose».

«Quelque chose ne collait plus»

Laurent Pétard, 41 ans, développeur en informatique, a vu le groupe plusieurs fois dans les années 90. «J'aimais l'énergie que le groupe transmettait, sur disque mais surtout sur scène. Le dernier album m'avait déjà beaucoup déçu, mais c'est un groupe que j'aurais continué à suivre». La mort de Marie Trintignant a constitué un choc: «Au départ, il y a le bénéfice du doute, on se dit que c'est peut-être un accident, et puis peu à peu on apprend les choses, d'autres choses sont remontées après, le suicide de son ex-femme... Tout cela a contribué à montrer un autre personnage, avec quelque chose de pas sain, une violence. Je ne m'étais jamais intéressé à sa vie privée, mais là, on n'a pas eu le choix».

Sa réaction a été de s'en «désintéresser totalement». «Pour moi, toutes ses prises de position, politiques notamment, cela perdait totalement de son sens, quelque chose ne collait plus. Pendant longtemps, j'ai arrêté d'écouter Noir Désir. Ce n'était pas conscient mais je n'avais juste plus envie. Je n'ai pas écouté ses albums avec Détroit ni en solo. En revanche, je suis contre les manifestations devant les salles. Vouloir interdire ses concerts, ce n'est pas normal. Il peut en refaire, ça m'est égal. Ce serait juste bien qu'il ne s'affiche pas trop en une des médias, comme dans Les Inrocks l'an dernier, qu'il reste discret».

(L'essentiel/afp)