Documentaire bouleversant

25 novembre 2020 09:47; Act: 25.11.2020 10:12 Print

Sasha, 7 ans, petite fille née dans un corps de garçon

Sasha, 7 ans, a un corps de garçon, mais explique, depuis qu'elle sait parler, être une fille. Sa vie est un combat, qu'expose le documentaire «Petite Fille», diffusé sur «Arte».

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Signé Sébastien Lifshitz («Adolescentes», sorti en septembre), un cinéaste de 52 ans qui explore depuis deux décennies la question du genre et des marges, le film est le fruit d'une année de tournage aux côtés de Sasha et de sa famille. Il est disponible à partir de mercredi, sur le site de la chaîne, puis à la télévision une semaine plus tard. Présenté en début d'année à la Berlinale, il raconte «l'histoire d'un enfant qui exprime sa transidentité». «À ma connaissance, ça n'a jamais été fait. On a vu des films sur des ados, des adultes, mais jamais sur des enfants», explique le réalisateur.

Au début du film, la famille, qui habite dans le nord de la France, est dans une impasse. L'école ne veut pas entendre parler de la question, le médecin de famille avoue son incompétence, la mère culpabilise... C'est à cette époque que se noue, via un forum, le contact avec le cinéaste. Il a eu l'idée du film après une conversation avec l'une des premières femmes transgenres françaises, Bambi, aujourd'hui âgée de 85 ans, à qui il a dédié un autre documentaire en 2013.

«Donner à voir leur humanité pleine»

«Pour la première fois, (la mère de Sasha) avait quelqu'un en face d'elle avec qui librement parler, qui ne la jugeait pas et encore moins son enfant», relate-t-il. Il s'engage à renoncer au projet si Sasha se sent mal à l'aise ou souffre. Le résultat, condensé en 1h30, montre une petite fille introvertie mais déterminée, désemparée face au monde, et aux adultes qui refusent de l'accepter telle qu'elle est. Le film met en images le parcours d'obstacles de Sasha, qui est toujours traitée à part, comme dans ses cours de danse classique.

Les plus gros problèmes se posent à l'école, qui ne veut pas entendre parler de la situation malgré les certificats médicaux obtenus, et n'a pas ouvert ses portes à l'équipe du film. «Quand il y a des sujets incompris, une des choses essentielles à faire, c'est de rendre visibles les personnes attaquées, de donner à voir leur humanité pleine», souligne Sébastien Lifshitz, également auteur des «Invisibles, sur des homosexuels âgés, qui a reçu le César du documentaire en 2013.

«Le besoin qu'on a d'accepter la différence»

Une nouvelle fois, il a voulu montrer combien «les efforts (que ces personnes) opèrent pour résister et se faire accepter sont presque héroïques». «Les gens ont besoin d'écouter et de voir cette histoire, elle leur apprendra des choses sur la transidentité, mais au-delà sur le besoin qu'on a d'accepter la différence», poursuit le cinéaste, qui espère que les nouvelles générations pourront plus facilement «décloisonner les genres». Sébastien Lifshitz salue des progrès: «Des sujets qui étaient au départ des sujets de niche, deviennent de plus en plus centraux pour le cinéma et la télévision».

«Petite fille» est aussi l'histoire d'une mère, Karine, prête à soulever des montagnes, sans occulter ses moments d'épuisement ou de découragement. Le tout servi par de belles images, poétiques, dans le quotidien de la famille. Dans l'une des scènes les plus touchantes, Karine se rend à son premier rendez-vous dans un hôpital parisien, avec une spécialiste qui mettra enfin un mot sur la «dysphorie de genre» dont souffre Sasha. Pendant sa grossesse, la mère de Sasha a souhaité avoir une fille. Le médecin lui assure qu'il n'y a aucun lien avec la situation. Karine fond en larmes, des années de culpabilité commencent à s'envoler.

(L'essentiel/AFP)