Économie

09 décembre 2015 14:53; Act: 09.12.2015 15:53 Print

La Chine brade son acier et énerve l'Europe

La sidérurgie en Europe fait face à un nouveau défi: le ralentissement de la Chine qui déverse sur le marché ses excédents d'acier à des prix défiant toute concurrence.

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Le dumping chinois menace la reprise fragile de la sidérurgie en Europe et aux États-Unis. (photo: AFP)

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«La demande d'acier en Europe est encore inférieure de 25% à celle de 2007 et les bénéfices de la reprise sont largement absorbés par des importations provenant de pays tiers comme la Chine», explique Charles de Lusignan, responsable de la communication d'Eurofer, le groupe de pression de l'acier en Europe. De l'autre côté de l'Atlantique, même constat: «La sidérurgie américaine se trouve dans une situation désastreuse, avec des importations record et des sites qui tournent au ralenti, entraînant des dizaines de milliers de licenciements», s'est insurgé récemment Thomas Gibson, président de l'Institut américain du fer et de l'acier (AISI).

De part et d'autre de l'Atlantique, les sidérurgistes agitent les mêmes chiffres: la Chine, qui représente la moitié de la production mondiale d'acier et dont l'économie tourne au ralenti, se retrouve aujourd'hui avec des surcapacités de 340 millions de tonnes, soit le double de la production européenne. Le directeur général du géant de l'acier ArcelorMittal, Aditya Mittal, a tiré la sonnette d'alarme cet automne, à un moment où le titre du groupe s'enfonce en Bourse et se trouve sous la barre des 4 euros, son plus bas historique.

Freiner l'arrivée d'acier low cost

Selon les statistiques d'Eurofer, les importations d'acier chinois ont doublé en Europe en 2014 pour atteindre 4,5 millions de tonnes et elles devraient à nouveau être multipliées par deux cette année. La quantité reste certes réduite, se limitant à 2,5% de la production de l'Union européenne (UE), mais l'acier chinois exerce une forte pression sur les prix. «La Chine vend maintenant ses excédents sur les marchés européens à des prix qui ne couvrent même pas les coûts (de production)», s'indigne le porte-parole d'Eurofer.

Après l'effondrement du secteur en 2008, les sidérurgistes nord-américains et européens tablaient sur la reprise pour se refaire une santé. C'était sans compter avec le dumping chinois. Les sidérurgistes des deux régions en appellent désormais aux autorités pour freiner l'arrivée d'acier low cost sur leurs marchés. Les ministres chargés de l'Industrie de l'UE ont certes pris acte de la «gravité de la situation», mais les groupes exigent des mesures immédiates. Et cela même si en mai, Bruxelles a ouvert une enquête antidumping sur les importations de certains produits en acier venant de Chine et de Russie.

Les sidérurgistes occidentaux exigent que le statut d'économie de marché ne soit pas accordé à la Chine l'an prochain. Si ce statut est accordé en 2016 par l'OMC au géant asiatique, «entre 400 000 et 600 000 salariés perdraient leurs emplois aux États-Unis», a alerté cet automne un rapport des producteurs d'acier d'Amérique du nord (USA, Canada et Mexique).

(L'essentiel/AFP)