Contrôle des changes

03 septembre 2019 07:49; Act: 03.09.2019 09:58 Print

Argentine: des queues devant les banques

Le début du contrôle des changes en Argentine, a précipité la population dans les banques, lundi.

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Le contrôle des changes, imposé par le gouvernement aux entreprises et aux particuliers, est entré en vigueur lundi en Argentine, tandis que les premières files d'épargnants angoissés se formaient aux portes de banques pour retirer leurs dollars.

Un jour après la décision du président libéral Mauricio Macri qui impose des limites pour l'achat et le transfert de devises, la monnaie argentine s'est appréciée de 5,38% à la fermeture, à 58,41 pesos pour un dollar. «J'estime que le dollar va rester stable. (Le taux de change) a baissé de 2,5 pesos, mais avec très peu de volume» de transactions, a déclaré le ministre des Finances Hernan Lacunza à la sortie d'un conseil des ministres, voulant faire preuve de prudence.

Incertitudes

Les mesures du gouvernement, qui resteront en vigueur jusqu'au 31 décembre, font suite à plusieurs semaines d'incertitudes sur les marchés et de forte dépréciation de la monnaie argentine. Le décret publié dimanche au Bulletin officiel argentin impose aux entreprises exportatrices de changer en pesos les dollars entre cinq et quinze jours ouvrables après l'encaissement, ou 180 jours après l'exportation des biens.

Les particuliers ne pourront effectuer de virements à l'étranger de plus de 10 000 dollars, ni acheter des devises pour un montant supérieur à cette somme sans autorisation de la Banque centrale d'Argentine (BCRA). «Nous pensons que ces mesures vont fonctionner. Elles font partie d'un programme», a déclaré Hernan Lacunza, en référence à la demande faite au Fonds monétaire international (FMI) d'un rééchelonnement de la dette du pays de 57 milliards de dollars auprès de l'institution. Selon l'accord signé en 2018, les premiers remboursements doivent intervenir en 2021.

Mais il était trop tôt pour mesurer les conséquences concrètes du contrôle des changes. «Ce lundi étant férié aux États-Unis, la Bourse est fermée. La vraie réaction va se faire sentir à partir de mardi», a déclaré à l'AFP l'économiste Hector Rubini, de l'université du Salvador.

«Précédent inquiétant»

«Le contrôle de capitaux peut aider à prévenir l'instabilité du taux de change, mais constitue un précédent inquiétant» avant un éventuel changement de gouvernement, le 10 décembre, estime le cabinet Capital Economics. Le péroniste de centre gauche Alberto Fernandez fait désormais figure de favori pour le scrutin présidentiel du 27 octobre, après sa large victoire aux élections primaires où il a remporté 47% des suffrages, loin devant M. Macri (32%) qui brigue un second mandat.

Le gouvernement a eu beau s'abstenir de restreindre les retraits bancaires, une mesure connue sous le nom de «corralito» qui, appliquée fin 2001, avait déclenché la pire crise politique et économique de l'histoire du pays, à Buenos Aires, les premières files d'attente étaient visibles lundi aux portes des banques, où des épargnants cherchaient à retirer leurs dollars.

«C'est une situation très angoissante. J'ai reçu un héritage avec lequel j'ai acheté un appartement, mais il me restait une somme. Lorsque le dollar a commencé à s'apprécier, je ne savais pas quoi faire, laisser l'argent à la banque ou le retirer», explique à l'AFP une jeune femme de 28 ans, qui travaille dans la publicité et préfère rester anonyme. Elle a finalement décidé de garder l'argent dans un coffre-fort, après que son petit ami, employé de banque, l'a prévenue qu'il n'y avait quasiment plus de coffres-forts disponibles, explique-t-elle.

(L'essentiel/afp)