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30 juillet 2020 16:43; Act: 30.07.2020 16:44 Print

L'Allemagne glisse vers une profonde récession

Pour 2020, Berlin table sur une récession de 6,3%. C’est néanmoins mieux que ses partenaires européens. Les PIB français, italien et espagnol pourraient se contracter de plus de 10%.

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Berlin. Photo d’illustration. (photo: AFP)

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L'Allemagne a subi au deuxième trimestre une chute historique de 10,1% de son produit intérieur brut, plongeant la première économie européenne dans sa pire récession de l'après-guerre et alimentant les craintes de déflation, malgré des signes de reprise.

Le choc de la pandémie a «mis en cendre presque dix ans de croissance» allemande, résume Florian Hense, économiste chez Berenberg.

Ce plongeon «historique» du PIB selon un communiqué ce jeudi de l'office fédéral des statistiques Destatis, attribué aux «conséquences de la pandémie», dépasse largement la contraction de 4,7% au premier trimestre 2009, pic de la crise financière.

Au ralentissement économique s'ajoute désormais le spectre de la déflation, les prix ayant baissé en juillet pour la première fois depuis 2016, à -0,1%, selon des chiffres officiels provisoires publiés jeudi.

En cause: les prix de l'énergie ainsi que la baisse temporaire de la TVA, décidée pour stimuler la conjoncture.

Choc

Ces derniers mois, l'économie allemande a subi un choc multiforme: le confinement décrété pour ralentir la propagation du Covid-19 a paralysé la production dans de nombreux secteurs, nettement ralenti les échanges et bridé la consommation.

L'industrie allemande fortement exportatrice, déjà en souffrance avant la pandémie en raison des tensions commerciales internationales et des inquiétudes liées au Brexit, a été frappée de plein fouet.

Au premier trimestre, quelques semaines de confinement ont suffit à plonger l'Allemagne dans une récession de 2%, selon des données révisées publiées jeudi par Destatis, contre -2,2% précédemment annoncés.

En avril, au plus fort des restrictions, la production manufacturière a chuté de 17,9%; les commandes à l'industrie ont fléchi de 25,8% et les exportations se sont, elles, effondrées de 31,1%.

Comparé au deuxième trimestre de 2019, le PIB recule de 11,7% en données corrigées de l'inflation.

Mais ces chiffres, aussi frappants soient-ils, ne sont qu'un «coup d'oeil dans le rétroviseur», alors que «l'économie allemande s'est déjà reprise», nuance Carsten Brzeski, économiste de la banque ING.

Stabilisation

Bénéficiant d'une situation sanitaire meilleure que celle de ses voisins, l'Allemagne a levé à partir de mai la plupart de ses mesures de restrictions et relancé son économie.

Signe de stabilisation, le taux de chômage est resté au même niveau en juillet qu'en juin, à 6,4%, après trois mois consécutifs de hausse. Un fort rebond est désormais attendu par les experts. «Le pire trimestre pourrait être suivi par le meilleur», affirme Carsten Brzeski.

L'économie est tirée par la demande intérieure - consommation, services et construction - qui relève la tête plus vite que l'industrie.

Berlin a adopté en juin un paquet de 130 milliards d'euros destiné justement à encourager la consommation, dont la baisse de la TVA et une allocation supplémentaire de 300 euros par enfant pour les parents.

En plus des mesures de soutien au niveau national, l'Allemagne compte également profiter du plan de relance européen de 750 milliards d'euros, décidé par les 27 à Bruxelles mi-juillet et qu'elle a largement porté.

Le gouvernement prévoit un retour de la croissance au plus tard à partir d'octobre, un rebond de 5,2% dès 2021 et un niveau de production équivalent à l'avant-crise en 2022.

«Vents contraires»

Pour 2020, Berlin table sur une récession de 6,3%. L'Allemagne s'en sortirait ainsi mieux que ses partenaires européens alors que le PIB français, italien et espagnol pourraient se contracter de plus de 10%, selon la Commission européenne.

Mais la durabilité de la reprise allemande dépendra largement d'un redressement du commerce international, lui même suspendu à l'évolution de la pandémie.

Après le rebond, «le rythme du rattrapage pourrait bientôt ralentir à nouveau», a prévenu Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste de la banque publique KfW, car l'industrie exportatrice «fait face à de nombreux vents contraires en raison de la dynamique des infections» dans le monde.

Comme d'autres pays Européens, l'Allemagne connaît elle-aussi une recrudescence des infections en cette période de vacances estivales, et l'institut allemand de veille épidémiologique Robert Koch a exprimé mardi ses «grandes inquiétudes» face aux chiffres en hausse.

(L'essentiel/afp)