En Écosse

30 juin 2016 16:01; Act: 30.06.2016 16:28 Print

L'industrie du tartan et du whisky sur le qui-​​vive

Que serait l'Écosse sans ses châteaux, ses Highlands, son whisky et ses tartans? Dans le pays, on suit de près les conséquences du Brexit.

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Lochcarron peut se targuer d'avoir dessiné 1 500 motifs de tartans. (photo: AFP/Andy Buchanan)

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Dans le bruit assourdissant des métiers à tisser, les 94 employés de l'usine du leader mondial du tissu écossais, Lochcarron of Scotlands, s'activent au milieu d'immenses bobines de fer qui gisent à leurs pieds. Lochcarron peut se targuer d'avoir dessiné 1 500 motifs de tartans, dont celui bleu et rose pastel de la Princesse Diana. Un produit 100% «made in Scotland». Pour le fabriquer, des fils de toutes les couleurs sont accrochés, tendus puis enchevêtrés sur des machines qui, en quelques secondes, dévoilent une toile à la régularité et à la symétrie parfaites. Du matériel de haute précision et des matières premières qui viennent d'Europe, dont le prix pourrait augmenter avec l'effondrement de la livre face à l'euro.

«Premier impact possible», commente David Riddell, le directeur de production. Dans cette ville à la frontière avec l'Angleterre, on vit mal le Brexit. Si le vote au niveau national a été en faveur de la sortie (51,9% ont voté pour quitter l'Union Européenne), l'Écosse n'a de cesse de répéter que 62% de ses citoyens voulaient, eux, y rester. De nombreuses familles, entreprises ou institutions viennent faire créer leur motif exclusif ici. Vivienne Westwood, Dior, Jean-Paul Gaultier, Ralph Lauren, Isabel Marant: ces marques ont fait appel à Lochcarron pour leurs collections. 46% des ventes se font outremer. Le Brexit, David Riddell n'hésite pas à en parler comme d'une potentielle «menace» pour son commerce. «Si les hommes politiques font bien leur boulot, nous aurons de bons accords, mais dans le cas contraire, le Royaume-Uni va traverser une période compliquée».

«Continuez à faire du business en Europe!»

Se tourner vers Londres, oui, et multiplier les interlocuteurs. Liz Cameron, la directrice de la Chambre de commerce d'Écosse, ne veut pas limiter ses espoirs aux efforts de Westminster: «Nous appartenons à un groupe de négociations au sein du Royaume-Uni, mais notre Première ministre écossaise est également en train de développer d'autres relations. C'est la bonne méthode: il faut penser à tout ce qui peut nous permettre de continuer à faire du commerce librement avec le marché européen». Nicola Sturgeon, qui a rencontré mercredi à Bruxelles le président du Parlement européen, Martin Schulz, et du président de la Commission, Jean-Claude Juncker s'est dite «pleine d'espoir et d'optimisme», «encouragée par la volonté d'écoute».

Liz Cameron veut rassurer les investisseurs et lance des encouragements aux producteurs locaux. Malgré le séisme de jeudi, c'est «business as usual» (comme d'habitude): «Continuez à faire du business en Europe! Onze milliards de livres c'est un énorme marché, nous serions stupides d'arrêter». Les accords à négocier, les normes administratives, les frais douaniers? «Des détails à régler plus tard», balaie-t-elle. Quitte à parlementer avec Bruxelles, autant y faire du lobby.

Quid du label européen du scotch?

L'association du whisky écossais (SWA), basée à Édimbourg, qui s'était clairement positionnée pour le «remain» pendant la campagne, explique être en contact aussi bien avec le gouvernement écossais qu'avec Londres et «être active à Bruxelles afin de comprendre au mieux une situation très instable», selon David Williamson, son directeur de la communication. «S'il y a bien une chose que le commerce aime, c'est la certitude, et nous vivons un grand moment d'incertitude, l'industrie tente de naviguer là-dedans...», explique-t-il.

Qu'adviendra-t-il de l'indication géographique protégée (IGP), un label européen, dont bénéficie le scotch? L'industrie de l'or ambré et ses 40 000 emplois britanniques ont beaucoup à perdre. «Le marché unique est notre plus gros marché, le tiers de nos exportations de whiskies se fait dans les pays européens», rappelle-t-il. Il se vend en France plus de scotch en un mois que de cognac en un an, clame fièrement la SWA sur son site. David Williamson se veut toutefois confiant en l'avenir: «Ça fait 500 ans que nous existons, nous avons surmonté des guerres et des révolutions, et nous continuons à bien nous porter». S'agit-il d'une guerre ou d'une révolution cette fois-ci?

(L'essentiel/AFP)