Euro

21 octobre 2019 07:36; Act: 21.10.2019 09:22 Print

La politique de «l'argent facile» a divisé la BCE

À la BCE, l'heure est au bilan pour l'Italien Mario Draghi qui sera remplacé par la Française Christine Lagarde, fin octobre.

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Image d'archives de Mario Draghi.

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Mario Draghi, qui préside jeudi sa dernière réunion à la BCE, a à son actif d'avoir sorti la zone euro d'une crise sans précédent. Mais sa politique de «l'argent facile» laisse de profondes divisions. Aucune décision n'est attendue lors du conclave du conseil des gouverneurs de l'institut monétaire. L'heure sera au bilan de l'Italien et au passage de témoin: fin octobre, c'est la Française Christine Lagarde qui lui succédera, première femme à occuper le poste au cœur du pilotage de la zone euro.

Ce ne sera pas une «célébration joyeuse de ses réalisations» ni un tour d'honneur, car «l'attention se portera sur les divisions grandissantes au sein du conseil des gouverneurs», estime Jack Allen-Reynolds, économiste chez Capital Economics. Mario Draghi devrait être longuement interrogé, jeudi, sur le sujet.

Au sein de l'instance de décision de la BCE les conflits sur la politique à mener face aux difficultés de la zone euro «ont désormais éclaté en public», dit Dirk Schumacher, économiste chez Natixis. Une situation qui risque de «saper l'efficacité de la BCE», ajoute-t-il, à un moment où celle-ci semble au bout de ses possibilités pour soutenir l'économie.

Euro sauvé

Souvent dépeint comme un solitaire qui impose ses visions, Mario Draghi n'en reste pas moins crédité d'avoir sauvé l'euro en pleine crise de la dette. Mais au prix d'une politique de l'argent abondant et pas cher qui est très critiquée dans le nord de l'Europe, en Allemagne notamment.

Ses détracteurs dénoncent un encouragement aux pays en déficit budgétaire à ne pas se réformer, ils redoutent des «bulles spéculatives», comme pour les prix de l'immobilier qui atteignent des sommets, et déplorent la «ruine» des épargnants du fait des taux d'intérêts très bas.

En outre, son efficacité est discutée: Mario Draghi part alors que la croissance en zone euro, après cinq années plutôt favorables et onze millions d'emplois créés, décélère de nouveau fortement. Le FMI a abaissé jeudi sa prévision à 1,2% cette année et 1,4% en 2020. Tous les pays ralentissent.

En huit années, sous l'impulsion de Mario Draghi, la BCE aura pris des mesures encore inimaginables aux débuts de l'euro il y a 20 ans: baisse des taux jusqu'en territoire négatif, injections de liquidités via des rachats massifs d'actifs sur les marchés et prêts géants aux banques.

Conflit interne

En septembre, un conflit sans précédent a éclaté en interne sur l'ampleur du dispositif à adopter pour faire remonter l'inflation au niveau souhaité. En cause: la relance d'un programme de rachats d'actifs. Il avait été mis en sommeil en décembre après avoir grossi le bilan de la BCE de 2 600 milliards d'euros, dans le but de favoriser la croissance.

Les tensions ont culminé lors que des membres du conseil des gouverneurs d'Allemagne, des Pays-Bas et même de France ont émis des critiques publiques contre les choix de Mario Draghi. Une dirigeante allemande de la BCE a même claqué la porte de l'institut: les griefs contre le cap choisi par l'Italien sont particulièrement virulents en Allemagne, sur la question des épargnants notamment.

Christine Lagarde s'apprête donc à débarquer en terrain miné. Parviendra-t-elle à recoller les morceaux? À convaincre les différents membres de l'instance dirigeante de la BCE d'agir si la crise empire en zone euro?

Horizon assombri

«Tout le monde s'accorde à reconnaître que les outils monétaires sont aujourd'hui trop sollicités», note Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF. «Or, s'ils le sont, c'est que les outils budgétaires (des États) ne le sont pas assez», ajoute-t-il.

Problème: les pays ayant des marges de manœuvre budgétaires, comme l'Allemagne, rechignent à mettre la main au portefeuille pour soutenir la conjoncture. Le contexte n'est en tout cas pas favorable pour Christine Lagarde: l'horizon économique de la zone reste assombri par les tensions commerciales internationales, sans parler du Brexit, souvent cité par Mario Draghi comme l'un des principaux risques pesant sur la conjoncture.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Market Crash le 21.10.2019 09:04 Report dénoncer ce commentaire

    Un regard plus que malicieux...qu'est-ce qu'ils nous préparent encore...un grosse crise banco-financière globale ???

  • Petite bulle le 21.10.2019 09:53 Report dénoncer ce commentaire

    sauf que, la croissance, faudrait peut-être comprendre que c'est fini. C'est facile d'avoir une belle économie florissante quand on reconstruit un continent en ruine, vu qu'on repart de rien comme en 45. 75 ans après, malheureusement, la bulle a fini de gonfler... Ce n'est que ça au final, l'humanité. Nos nations ne sont que des bulles spéculatives, qui gonflent et pètent les unes après les autres. Après l'explosion, on peut recommencer à se gonfler, et à se bercer d'illusions. Cette fois, on fera mieux qu'avant...

  • Aristofané le 21.10.2019 14:14 Report dénoncer ce commentaire

    Au passage, on peut noter un refus de nos "élites" de demander l'avis des peuples sur deux sujets importants : l'élargissement à tout va de l'UE et l'euro. On peut voter quand ça ne change pas grand chose, mais sur des sujets importants les dirigeants prennent les décisions pour nous, sans nous consulter : on ne comprend pas de toutes façons, c'est pour notre bien.

Les derniers commentaires

  • histoire de le 21.10.2019 15:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Préparez vous à une grosse crise économique !

  • Aristofané le 21.10.2019 14:14 Report dénoncer ce commentaire

    Au passage, on peut noter un refus de nos "élites" de demander l'avis des peuples sur deux sujets importants : l'élargissement à tout va de l'UE et l'euro. On peut voter quand ça ne change pas grand chose, mais sur des sujets importants les dirigeants prennent les décisions pour nous, sans nous consulter : on ne comprend pas de toutes façons, c'est pour notre bien.

    • @Aristofané le 21.10.2019 14:23 Report dénoncer ce commentaire

      ben c'est le parlement européen qui doit nous représenter dans ces cas précis non?

    • Aristofané le 21.10.2019 15:16 Report dénoncer ce commentaire

      Lors de la création de la CEE, un référendum a été organisé. Mais pour les élargissements, seul le peuple du nouveau pays était consulté. Quand on veut élargir une communauté, c'est tout à fait logique de demander l'avis de ceux qui sont déjà membres. C'est clair que pour certains ajouts, la réponse démocratique aurait été NON. Donc on ne pose pas la question. A long terme, on a un rejet de l'UE dont le Brexit.

  • Marcello le 21.10.2019 10:25 Report dénoncer ce commentaire

    Avant l'euro, le Deutschmark était la monnaie de référence, surtout par rapport à des pays habitués à vivre à crédit pour ensuite dévaluer leur monnaie et donc leur dette. Avec l'euro, ces pays se sont engagés à changer de politique en limitant leur déficits. Mais certains ne tiennent pas leur engagements. Logiquement, il faut les exclure de l'euro. Ca posera des pb à tout le monde, mais moins que la situation actuelle.

    • @Marcello le 21.10.2019 12:21 Report dénoncer ce commentaire

      ils ont dévalué leur monnaie mais pas leur dette, la dette augmente même étant donné qu'ils ont dû rembourser leur dette en DM!Et si on écarte ces pays de la zone euro ( ce qui est juste possible s'ils quittent l'union européenne!) alors ils doivent émettre de nouveau leur monnaie et la dévaluer pour rester compétitif avec d'autres pays de l'UE ce qui veut dire qu'ils vont avoir encore plus de problèmes pour rembourser leurs dettes...L'endettement public est même utile si l'Etat investit pour relancer l'économie ce qui n'était pas le cas dans beaucoup de pays de l'UE...

    • Marcello le 21.10.2019 15:23 Report dénoncer ce commentaire

      1) Avant l'euro, l'Italie émettait sa dette en lire, pas en DM. 2) On peut faire partie de l'UE sans faire partie de l'euro (GB, DK, etc.) 3) Oui, les pays qui quittent l'euro vont avoir des pb pour payer leur dette car d'un côté elle passera probablement de l'EUR à la monnaie locale ce qui est "bon" pour eux mais d'un autre côté il y aura un gros problème de confiance pour s'endetter afin de rembourser l'ancienne dette (pas d'actif pour faire autrement) 4) Oui la dette peu être utile mais pas pour payer les dépenses courantes.

  • Petite bulle le 21.10.2019 09:53 Report dénoncer ce commentaire

    sauf que, la croissance, faudrait peut-être comprendre que c'est fini. C'est facile d'avoir une belle économie florissante quand on reconstruit un continent en ruine, vu qu'on repart de rien comme en 45. 75 ans après, malheureusement, la bulle a fini de gonfler... Ce n'est que ça au final, l'humanité. Nos nations ne sont que des bulles spéculatives, qui gonflent et pètent les unes après les autres. Après l'explosion, on peut recommencer à se gonfler, et à se bercer d'illusions. Cette fois, on fera mieux qu'avant...

    • @Petite bulle le 21.10.2019 12:13 Report dénoncer ce commentaire

      J'espère qu'il n'y aura pas de nouveau des guerres en Europe...

    • No war le 21.10.2019 16:32 Report dénoncer ce commentaire

      Si il y a guerre en Europe est-ce que ça sera du à vous ou à moi, je pense pas. Personnellement je ne me battrai pas pour l'europe (On est plus à l'âge de pierre). Ceux qui devraient se battre ce sont les personnes tout en haut. La majorité des personnes sont pour un monde meilleur, mais très souvent mauvaises personnes mauvaises places.

  • Etienne le 21.10.2019 09:19 Report dénoncer ce commentaire

    Le risque que les taux d'emprunt remontent est bien réel.

    • Market Crash le 21.10.2019 10:05 Report dénoncer ce commentaire

      Vous avez emprunter à taux variable...attendez vous à des grosses remontés de vos mensualités !!! Le système bancaire est à deux doigts de s'éffondrer comme en 2008 !!!

    • Mon cas face aux taux le 21.10.2019 13:13 Report dénoncer ce commentaire

      Moi j'ai un taux fixe 10 ans et 5 ans variables après [emprunt sur 15 ans]. Mais à la fin des 10 ans je vais rembourser d'un coup ce qui restera à payer !

    • @Mon cas face aux taux le 21.10.2019 14:24 Report dénoncer ce commentaire

      d'accord mais pas tout le monde peut rembourser le solde restant dû c'est cela le problème...