Royaume-Uni

08 septembre 2021 13:03; Act: 08.09.2021 13:25 Print

«La semaine dernière je n'avais plus de Coca Cola»

Rayons clairsemés, étagères vides: les pénuries dues au Brexit et au coronavirus se voient aussi dans les supermarchés britanniques.

storybild

Certains rayons sont vides dans les supermarchés. (photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Des rayons clairsemés dans certains commerces, des étagères vides dans d’autres: les pénuries qui touchent les entreprises du Royaume-Uni se voient aussi dans les supermarchés, conséquences de la pandémie et du Brexit. «Nous avions déjà décidé de réduire notre stock à cause du Covid, mais maintenant nous avons du mal à nous fournir en certains produits parce qu’ils ne sont tout simplement pas disponibles», déplore Satyan Patel, gérant d’une supérette du centre de Londres.

Derrière lui, sa petite échoppe aligne des rayons à moitié vide. «La semaine dernière je n’avais plus de Coca Cola. Je n’ai plus de grande bouteilles d’Évian depuis trois semaines», énumère-t-il. «Sans marchandises, il n’y a pas de commerce. Avec des étagères vides comme celles-ci, personne ne va venir dans le magasin». Les entreprises britanniques sont plombées depuis plusieurs mois par des problèmes d’approvisionnement qui pourraient peser sur la reprise économique.

Apparences trompeuses

S’ils ne sont pas spécifiques au Royaume-Uni, alors que la pandémie a perturbé partout les chaînes logistiques, ils sont exacerbés dans le pays par les effets du Brexit, qui complique l’entrée de travailleurs européens. Nombre d’entre eux sont ainsi retournés dans leur pays d’origine lors de la pandémie et certains ne sont pas revenus. Il manquerait par exemple 100 000 chauffeurs routiers, qui font cruellement défaut pour acheminer les marchandises à travers le pays.

Non loin de la supérette de M. Patel, un supermarché semble mieux approvisionné. Seul le rayon des boissons semble un peu moins plein. Mais les apparences sont trompeuses, car tout le stock est en rayon, selon Toma, vendeuse de 22 ans qui préfère ne donner que son prénom. «Nous n’avons rien dans nos réserves», décrit-t-elle. «Nous avons des manques» dans tous les rayons, «parfois nous ne recevons que des quantités limitées. Nous n’avons même plus d’eau !».

Inquiétudes des clients

Si ces pénuries ont commencé avec la pandémie, elles se sont aggravées depuis l’entrée en vigueur du Brexit, le 1er janvier dernier, selon elle. Et elle note une certaine inquiétude des clients qui commencent à interroger les vendeurs, «et nous reprochent» parfois les manques sur certains produits. À quelques kilomètres de là, dans un hypermarché du sud-est de Londres, il n’y a presque plus d’eau minérale en rayon et les bouteilles de lait semblent avoir été dévalisées.

Selon la principale organisation patronale britannique, la Confederation of British industry (CBI), «il faudrait au moins 18 mois pour former suffisamment de chauffeurs de poids lourds» pour mettre fin aux problèmes d’approvisionnement. L’organisation appelle le gouvernement, dans l’intervalle, à plus de souplesse dans sa politique migratoire. En attendant, les entreprises de transport routier rivalisent de primes ou de hausses de salaires pour tenter d’attirer ou de retenir les chauffeurs routiers.

À court de matériaux

«On en parle au bureau et on se dit que ces primes pour les chauffeurs routiers vont faire monter les prix», plaisante à moitié Ryan Koningen, chef de projet de 49 ans dans la City de Londres, qui dit avoir constaté lui aussi des manques dans les rayons, surtout «sur les produits du quotidien».

Les problèmes d’approvisionnement ont aussi conduit cet été les usines automobiles à faire une pause dans leur production à cause du manque de composants électroniques et certaines entreprises de construction se sont retrouvées à court de matériaux.

Et ces dernières semaines, les pénuries ont touché des entreprises emblématiques: McDonalds, les pubs Wetherspoon ou très récemment Coca Cola et Ikea. Autant d’exemples qui mettent le gouvernement sous pression pour éviter de se retrouver avec les rayons vides au moment des fêtes de fin d’année.

(L'essentiel/AFP)