Crise de l'acier

08 avril 2016 10:53; Act: 08.04.2016 16:37 Print

La sidérurgie chinoise en pleine tourmente

Les exportations à bas prix ne permettent plus d'absorber les colossales surcapacités dont souffre la sidérurgie chinoise.

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Pékin a promis de supprimer entre 100 et 150 millions de tonnes de capacités de production d'ici à 2020, au prix de 500 000 emplois, soit plus que les 328 000 salariés de l'acier de toute l'UE. (photo: AFP/Mark Ralston)

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À Tangshan, capitale de l'acier en Chine, des centaines d'ouvriers licenciés manifestaient cette semaine devant des usines désormais contraintes de stopper leur production. Dans cette métropole industrielle du Hebei (nord), l'euphorie des années 2000 est révolue: comme plusieurs aciéries, le groupe étatique Guofeng a fermé la semaine dernière un de ses sites de production, arguant de «facteurs incontrôlables».

Les quelque 4 000 employés concernés par la vague de licenciements, ne cachaient plus leur inquiétude et occupaient une route menant aux bureaux de l'entreprise. «J'ai une fille, je fais vivre ma famille. Qu'est-ce que je vais devenir?», se lamente l'un d'eux. Plusieurs brandissaient des copies du droit du travail chinois, réclamant le versement d'indemnités, tandis que des policiers leur interdisaient l'accès au complexe industriel.

Une production multipliée par sept

Guofeng s'est refusé à tout commentaire. Plombés par le recul de la demande intérieure et la dégringolade des prix, beaucoup d'aciéristes, non rentables, survivent grâce à l'endettement et aux aides publiques. L'an dernier, les pertes combinées des principaux producteurs d'acier chinois ont été multipliées par 24 par rapport à 2014 pour dépasser l'équivalent de 13,6 milliards d'euros, selon leur fédération, la China Iron and Steel Association.

Entre 2000 et 2014, la production d'acier en Chine a été multipliée par sept, dopée par de massifs investissements, un gigantesque plan de relance, le boom du marché immobilier et l'urbanisation à tous crins. Les entrepreneurs privés s'ajoutant aux mastodontes étatiques, la Chine en est arrivée en 2014 à produire quelque 820 millions de tonnes d'acier par an: la moitié de l'offre mondiale.

«En 2015, la Chine a exporté environ 100 millions de tonnes»

Mais c'est alors que la demande chinoise a commencé à fléchir brusquement, sur fond de refroidissement de l'immobilier et d'essoufflement de la croissance. Le décalage donne aujourd'hui le vertige: le géant asiatique pourrait sortir de ses usines jusqu'à 1,2 milliard de tonnes d'acier par an, alors que la demande nationale atteint laborieusement 700 millions de tonnes. Les aciéristes tentent donc de multiplier leurs ventes à l'étranger pour écouler leurs surplus.

«En 2015, la Chine a exporté environ 100 millions de tonnes (...) Une bouffée d'oxygène pour l'industrie locale, mais un choc pour le marché international», a reconnu Cai Rang, président de l'Institut de recherche chinois sur le fer et l'acier, cité par un média officiel.

Le déferlement de cet acier à des prix défiant toute concurrence, qui compromet la fragile reprise des sidérurgistes européens et américains, a amené plusieurs membres de l'Union européenne, France comprise, à demander des taxes antidumping, alignées sur les sanctions déjà imposées par Washington. Seule une petite proportion des exportations chinoises est destinée à l'Europe, l'Asie restant leur débouché prioritaire. Mais au vu des volumes chinois, «même une part limitée des exportations peut avoir un impact pénalisant», a expliqué Kevin Bai, un analyste du cabinet CRU Group.

(L'essentiel/AFP)