«Socle européen»

01 février 2018 10:13; Act: 01.02.2018 17:32 Print

Pourquoi pas un salaire minimum dans toute l'UE?

Témoin des disparités au sein de l'UE, le montant du salaire minimum légal varie de 1 à 9 dans les 22 pays qui l'ont adopté, ce qui rend complexe son harmonisation.

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L'Allemagne a mis un salaire minimum en 2015. (photo: DPA/Karl-josef Hildenbrand)

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Le Brexit a servi d'électrochoc. Face à la poussée eurosceptique, la Commission européenne est passée à l'offensive pour tenter de démontrer que l'Union européenne (UE) ne se résume pas à un marché commun, mais a aussi un visage social. La première pierre a été posée le 17 novembre 2017 à Göteborg, en Suède, où les 28 ont signé un «Socle européen des droits sociaux». Le texte énonce, parmi 20 principes fondant l'Europe sociale, que des «salaires minimums appropriés» doivent être garantis dans tous les pays européens. Ils doivent être fixés de manière à «satisfaire aux besoins du travailleur et de sa famille compte tenu des conditions économiques et sociales du pays, tout en sauvegardant l'accès à l'emploi et les incitations à chercher un emploi».

Mais cette déclaration, non contraignante, n'a qu'une portée symbolique. Et il ne pourrait en être autrement, car «les traités européens stipulent bien que les salaires relèvent de la compétence nationale», rappelle Claire Dhéret, chef du département Emploi et Europe sociale à l'European Policy Centre (EPC), basé à Bruxelles. Le «socle européen» n'est, pour l'heure, que partiellement respecté. Une majorité de pays de l'UE - 22 sur 28 - dispose d'un salaire minimum légal, c'est-à-dire fixé par la loi.

De 235 euros en Bulgarie à 1 999 euros au Luxembourg

Mais les chiffres de l'office européen de statistiques Eurostat font apparaître des disparités extrêmes, avec des minima qui s'échelonnaient en 2017 de 460 leva brut mensuels (235 euros) en Bulgarie à 1 999 euros au Luxembourg, soit un rapport d'un à neuf. Ce rapport n'est toutefois que d'un à trois si l'on pondère ces salaires selon le coût de la vie dans chaque pays. Les chiffres d'Eurostat révèlent une dichotomie entre l'Est et l'Ouest. D'un côté, dix pays de l'Est ont des salaires minimums inférieurs à 500 euros, de l'autre, sept pays de l'Ouest ont des salaires minimums qui dépassent 1 300 euros. Entre ces deux groupes, cinq pays du Sud affichent des salaires minimums compris entre 650 et 850 euros. Les six autres pays (Chypre, Italie, Autriche, Danemark, Finlande et Suède) sont dépourvus de salaire minimum légal, mais les salariés peuvent tout de même être couverts par des minima de branches fixés par les partenaires sociaux.

Malgré cette grande hétérogénéité, les débats autour du salaire minimum sont semblables dans la plupart des pays. Ils opposent souvent le patronat, qui juge le salaire minimum trop élevé, aux syndicats, qui réclament des hausses. Au Luxembourg, les syndicats réclament une augmentation de 10% du salaire social minimum (SSM). S'il est déjà le plus élevé d'Europe, il ne suffit pas pour vivre, selon eux, sachant que le loyer moyen d'un deux-pièces est de 1 282 euros. Côté patronal, on répond qu'une telle hausse «risquerait de tuer les entreprises les plus faibles», selon les termes de Jean-Jacques Rommes, président de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL).

Licenciements?

En Roumanie, où le salaire minimum a doublé entre 2013 et 2017, passant de 700 à 1 450 lei (de 157 à 319 euros), «les employeurs sont souvent amenés à supprimer des postes ou à opter pour le travail au noir», selon l'économiste Dan Popa. Lors de la dernière hausse, au 1er janvier 2018, 60% des employeurs interrogés craignaient de devoir procéder à des licenciements, selon un sondage réalisé par une organisation patronale des PME.

Au Royaume-Uni, un récent rapport de l'Institute for fiscal studies (IFS), organisme indépendant réputé, explique qu'un nombre croissant d'employés pourraient perdre leur emploi si le «national living wage» (NLW, salaire national de subsistance) continuait d'augmenter. Le 1er avril, le NLW doit passer à 7,83 livres sterling brut de l'heure pour les salariés de plus de 25 ans (soit plus de 1 510 euros mensuels).

«On ne voit aucun effet négatif sur l'emploi»

En Allemagne, avant la création d'un salaire minimum en 2015, la droite et certains économistes prédisaient des licenciements à la pelle, l'institut IFO parlant de 900 000 emplois menacés. Le «Mindestlohn» est aujourd'hui fixé à 1 498 euros et, «jusqu'à présent, on ne voit aucun effet négatif sur l'emploi , selon Dirk Schumacher, économiste chez Natixis à Francfort. Mais la réforme n'a pas non plus produit d'effet positif sur la pauvreté, qui est restée stable, nuance-t-il. Une étude menée en 2016 par l'institut IAB avait estimé à 60 000 le nombre de postes détruits ou non-créés à cause du salaire minimum. En parallèle, depuis 2014, quelque 436 000 emplois avaient été créés. L'Allemagne n'a pourtant pas fait d'émules parmi les pays toujours dépourvus de salaire minimum légal.

En Italie, où la régulation des rémunérations se fait au niveau des branches professionnelles, l'instauration d'un salaire minimum légal a récemment été envisagée. Le Jobs Act, réforme du marché du travail menée en 2014 par le Premier ministre Matteo Renzi (centre-gauche), habilitait le gouvernement à créer un tel dispositif, mais l'idée avait finalement été écartée.

(L'essentiel/AFP)

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Les commentaires les plus populaires

  • la taupe le 01.02.2018 11:03 Report dénoncer ce commentaire

    D'accord mais alors qu'on fixe les prix des loyers ici à ceux pratiqués en Bulgarie !! Je suis pro-Européen mais là par contre, ils devraient arrêter le joint ou alors qu'ils fassent leurs réunions à Maastricht.... c'est du grand n'importe quoi leurs idées fumantes là...

  • Helmutheimat le 01.02.2018 11:22 Report dénoncer ce commentaire

    Quand on voit qu'en France Mr Pierre Gattaz prônait l'abolition du salaire minimum pour laisser le montant des salaires à verser aux ouvriers au bon vouloir des patrons. Et, c'est ce genre de personne, président du C.N.P.F. avec une fortune estimée à près de 500 millions d'euros qui est reçu à l'Elysée pour discuter de l'avenir du pays et à qui on demande conseil.

  • Kritiker le 01.02.2018 11:11 Report dénoncer ce commentaire

    L'instauration d'un salaire social minimum dans tous les pays de l'UE était une bonne initiative de la commission européenne. Une harmonisation du montant du SSM au sein de toute l'union ne donne aucun sens étant donné qu' un salaire minimum plus élevé engendre également une augmentation des prix des produits et services offerts dans ces pays ce qui nuit par example dans le sud de l'Europe au tourisme ( les gens vont passer leurs vacances dans des pays ne faisant pas parti de l'UE)

Les derniers commentaires

  • Vincent le 01.02.2018 21:43 Report dénoncer ce commentaire

    Un revenu minimum de 2000 Euros en Europe. Si tu veux plus tu travailles!

  • Baron Rouge le 01.02.2018 18:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Une pension égale pour tous déjà mais ça c’est compliqué car les privilégiés veulent continuer à s’empiffrer sur le dos de la populace !!! La cupidité est le sida de l’humanité ...

  • Auto-asphixie de la chimère EU le 01.02.2018 13:47 Report dénoncer ce commentaire

    Bref, encore un casse-tête européen où personne ne se sentira gagant mais tout le monde se sentira perdant, comme d'hab! Un salaire universel serait notre seul salut. Seulement, encore faudrait-il que les économies se soient toutes harmonisées et équilibrées mais vu le contexte de guérilla fiscale actuel, et où chacun n'hésite pas à tirailler son voisin pour se retrouver au-dessus du lot, ce n'est pas du tout gagné!

  • furax le 01.02.2018 13:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pourquoi pas un salaire minimum dans toute l'UE?

  • jean le 01.02.2018 12:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    avec un salaire minimum aussi bas dans chaque pays au niveau du coût de la vie et des loyers surréaliste personne ne vit