Caraïbes

12 septembre 2019 07:37; Act: 12.09.2019 10:13 Print

Puni par Washington, Cuba se serre la ceinture

Visé par des sanctions américaines, Cuba manque d'essence et a annoncé mercredi des mesures d'économie.

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Le président cubain Miguel Diaz-Canel.

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Réduction de l'activité et du transport public, probables coupures électriques programmées: le président cubain Miguel Diaz-Canel a reconnu mercredi que son pays manque d'essence en raison des sanctions américaines, ce qui va obliger la population à des mesures d'économies dans les prochaines semaines.

«Entre hier (mardi) et le 14 septembre (samedi) il n'y a pas d'entrée de carburant» sur l'île, a prévenu le président socialiste, qui intervenait en direct à la télévision d'État. Un navire pétrolier effectuera une livraison samedi puis d'autres «à la fin du mois». «En octobre nous reviendrons à une situation relativement normale», a-t-il promis. Pour La Havane, le coupable de cette situation est Washington, qui n'a cessé ces derniers mois de renforcer son embargo, en vigueur depuis 1962, afin de forcer Cuba à renoncer à son soutien au gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro.

En particulier, le Trésor américain a sanctionné à plusieurs reprises des bateaux transportant vers l'île du pétrole du Venezuela, principal fournisseur de brut de Cuba. Ce climat répressif a découragé d'autres navires d'effectuer des livraisons vers La Havane, a reconnu le président Diaz-Canel. «Les États-Unis veulent nous couper les vivres pour nous arracher des concessions politiques», a-t-il dénoncé. Mais «ici, personne ne se rend. Ces temps-ci, c'est la patrie ou la mort», a-t-il martelé.

«Pas en Période spéciale»

Ces derniers jours, de nombreux habitants avaient signalé une situation chaotique, dans les rues de La Havane notamment, avec très peu de bus et de taxis en circulation. Le pays, en crise économique, souffre déjà depuis des mois de pénuries de certains aliments dans les supermarchés.

Cuba produit la quasi-totalité de son électricité avec du pétrole, mais le chef de l'État a assuré mercredi que la production locale de brut permettait de couvrir «près de 40% de la consommation» de carburant, «en incluant la production électrique» également. «La situation actuelle est conjoncturelle et simplement énergétique», a tenu à rassurer le président, avant d'affirmer: «Nous ne sommes pas en Période spéciale».

La Période spéciale désigne la grave crise économique traversée par Cuba dans les années 1990, après la chute de l'URSS qui était son principal soutien financier. Elle est de triste mémoire pour une grande partie de la population : brusquement privé de ce «grand frère» qui accaparait 85% de son commerce extérieur, le pays s'était retrouvé à l'arrêt, avec des pénuries de carburant et d'aliments, ce qui avait entraîné l'apparition de maladies incurables comme la polynévrite, causée par la malnutrition, et l'exode de 45 000 habitants à l'été 1994.

Aujourd'hui, «nous sommes plus forts qu'à l'époque», a assuré mercredi Miguel Diaz-Canel, notamment car l'île a diversifié son économie et compte désormais l'Union européenne comme principal partenaire commercial. Mais, face à ce manque d'essence, «il faut penser et agir différemment», a-t-il dit, appelant à la «créativité» et aux «mesures efficaces (d'économie) de la Période spéciale», comme l'adaptation des horaires de travail pour éviter les heures de pointe dans les transports et la consommation d'électricité. Dans l'agriculture, l'«usage de la traction animale» sera privilégié.

(L'essentiel/afp)