Procès à Londres

19 septembre 2012 16:55; Act: 19.09.2012 17:25 Print

Un témoin décrit la panique au sein d'UBS

Le comptable qui a mis au jour la fraude colossale commise par l'ex-trader d'UBS jugé à Londres, a décrit mercredi la panique ayant saisi le numéro bancaire suisse à cette occasion.

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Ancien comptable d'UBS, William Steward a raconté lors du procès avoir appelé Kweku Adoboli, le 14 septembre 2011, pour comprendre pourquoi il avait pris une position de plus de 2 milliards de dollars et lui indiquer que la banque aurait un «problème» si les contreparties ne couvraient pas les sommes dues. «Tout le monde (au sein de la banque) était devenu très tendu», les opérations effectuées par Adoboli ayant causé une «grande angoisse» au sein du service de back-office, chargé de s'assurer que les opérations des traders sont correctement couvertes, a noté le comptable.

Mais Adoboli avait d'abord esquivé la question en lui répondant qu'il était parti chez le médecin. Il lui avait ensuite envoyé un courriel dans lequel il admettait que les contreparties à ses prises de positions étaient fictives. Selon le comptable, le système d'alerte automatique de la banque n'a pas été en mesure de signaler les positions d'Adoboli au département de contrôle des risques. Les positions du trader ont causé in fine une perte de quelque 1,85 milliard de francs à UBS.

Jusqu'à 10 ans de prison

Mardi, l'accusation a estimé que l'ex-trader avait cherché à «embrouiller» le comptable chargé d'enquêter sur ses agissements. Le procureur Sasha Wass a accusé Adoboli d'avoir volontairement trompé William Steward. Les réponses du trader aux demandes d'éclaircissement étaient ainsi «faites exprès pour embrouiller», a relevé Mme Wass, lors de l'audience devant le tribunal de Southwark. De son côté, mardi toujours, William Steward a admis avoir «compris l'essentiel (de ses explications) mais pas 100%». «Cela m'a pris longtemps» avant de comprendre ce qui s'était passé, a-t-il reconnu. M. Steward s'est entretenu au téléphone avec Kweku Adoboli le 24 août 2011, soit un mois avant son arrestation. Mais à aucun moment il ne s'est alors douté que des opérations frauduleuses pouvaient être la cause des incohérences comptables qui avaient été remarquées.

Âgé de 32 ans, Kweku Adoboli, fils d'un fonctionnaire ghanéen des Nations unies à la retraite, est poursuivi pour «abus de position» et «fraudes comptables» et risque jusqu'à 10 ans de prison. Il plaide non coupable. L'accusation lui reproche d'avoir dépassé ses limites de courtage autorisé, en inventant des opérations fictives et en mentant à ses supérieurs. Il aurait ainsi cherché à faire progresser son bonus et ses perspectives de carrière. Les agissements du trader, qui travaillait au département des ETF («Exchange Traded Funds», des produits financiers complexes adossés à l'évolution d'un indice boursier), avaient débuté en 2008. Kweku Adoboli est actuellement libre sous contrôle judiciaire.

(L'essentiel Online/ATS)