Aux Etats-Unis

20 mars 2020 22:52; Act: 20.03.2020 22:54 Print

Vers une nationalisation de Boeing ?

Le constructeur aéronautique, en grande difficulté actuellement, pourrait ne pas survivre sans un renflouement du gouvernement.

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Boeing demande au moins 60 milliards de dollars d'aides publiques pour lui-même et sa chaîne de fournisseurs.

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Douze ans après le sauvetage de General Motors et Chrysler pour éviter la mort de l'automobile américaine, les Etats-Unis s'interrogent sur la meilleure façon d'aider Boeing, un autre joyau industriel fragilisé par les déboires du 737 MAX et la pandémie de nouveau coronavirus qui l'exposent à une offre publique d'achat (OPA).

Le constructeur aéronautique, qui fabrique l'avion présidentiel Air Force One, demande au moins 60 milliards de dollars d'aides publiques pour lui-même et sa chaîne de fournisseurs. «Boeing est au bord du précipice», estime le milliardaire américain Bill Ackman, une des voix les plus influentes de la finance américaine. «Boeing ne pourra survivre sans un renflouement du gouvernement fédéral», a-t-il lancé mercredi sur la chaîne CNBC.

Chute libre

L'avionneur est à un moment charnière de son histoire, confronté à deux crises. Il est englué dans les déboires du 737 MAX, cloué au sol depuis plus d'un an après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts. La facture a déjà dépassé les 18 milliards de dollars et devrait encore grimper.

La pandémie de coronavirus a ouvert un autre front: les compagnies aériennes, qui ont dû interrompre les vols transatlantiques, ont suspendu toute livraison d'avions. Boeing, qui n'a toujours pas suspendu la production dans ses usines, n'enregistre plus vraiment de revenus. L'action est en chute libre, de sorte que la capitalisation boursière a fondu à 54 milliards de dollars vendredi.

«Nous devons protéger Boeing (...) Nous devons absolument aider Boeing», a déclaré mardi le président Donald Trump.

Si, sur le principe, la Maison Blanche et le Congrès s'accordent sur la nécessité d'aider Boeing avec l'argent des contribuables, les discussions achoppent sur la forme que prendrait un tel sauvetage, car élus et experts estiment que ce sont les choix du groupe qui l'ont plongé dans le désastre.

Les divergences expliquent l'absence de l'aéronautique du paquet d'aides d'environ 1000 milliards de dollars pour sauver l'économie américaine annoncé jeudi par les républicains du Sénat. Plusieurs options sont sur la table, a indiqué Boeing, jeudi, dans un document au gendarme de la Bourse, la SEC. Sollicité par l'AFP, l'avionneur, qui produit des avions civils et militaires, des satellites et des missiles, n'a pas élaboré.

L'Etat actionnaire ?

Une des hypothèses les plus discutées est une prise de participation au capital de Boeing du gouvernement fédéral. «Les contribuables devraient avoir une part dans une entreprise en échange de leur assistance, de sorte que le grand public bénéficie de son investissement une fois que l'entreprise redeviendra stable», défend le parlementaire démocrate Earl Blumenauer. Ce qui passe, selon Michel Merluzeau, expert chez Air insight Research, par un dépôt de bilan via le chapitre 11, la loi sur les faillites permettant à une société de se restructurer à l'abri de ses créanciers et de faire émerger une «nouvelle» entreprise. Ce scénario ressemble au schéma de sauvetage de GM et Chrysler lors de la crise financière.

Outre les 17,4 milliards décaissés le 19 décembre 2008 par l'administration Bush, via l'impopulaire plan de sauvetage de la finance, connu sous l'acronyme barbare de TARP («Troubled Assets Relief Program»), son successeur Barack Obama avait ensuite mis en place un mécanisme spécifique pour aider l'automobile américaine. Au total, le gouvernement fédéral a injecté 81 milliards de dollars en prêts et achats de titres pour sauver Chrysler et GM. Ce dernier, qui a fait faillite en juin 2009, avait reçu au total 50 milliards et le gouvernement fédéral était devenu le principal actionnaire du «nouveau GM» avec 61% du capital.

2e fournisseur du pays en matière de défense

Cette nationalisation qui ne dit pas son nom a coûté 11,2 milliards de dollars aux contribuables, mais a permis de sauver 1,5 million d'emplois américains, selon le Center for Automotive Research. L'Etat fédéral a par la suite vendu Chrysler à Fiat et s'est désengagé de GM en décembre 2013. «Boeing est le deuxième fournisseur du pays en matière de défense. Quel va être l'impact d'une prise de participation sur les appels d'offre du Pentagone», s'inquiète Scott Hamilton, expert chez Leeham.

«Une prise de participation n'est pas sensée», renchérit Richard Aboulafia, chez Teal Group, ajoutant que «contrairement à Chrysler et GM, il n'y a pas de problèmes structurels» chez Boeing. «Des prêts ou des prêts garantis sont probablement la meilleure solution», préconise-t-il. Le gouvernement fédéral peut aussi conditionner son aide à la scission de l'entreprise en deux entités distinctes, avec d'un côté l'aviation civile et de l'autre les activités militaires, font valoir les experts. Une solution tierce est aussi plausible, spéculent les marchés: une OPA d'un concurrent, comme Northrop Grumman et Lockheed Martin. Contactés par l'AFP, ni Lockheed Martin ni Northrop n'ont souhaité commenter.

(L'essentiel/nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Sergent Piper le 21.03.2020 11:02 Report dénoncer ce commentaire

    Si Boeing à une aide de l'état US ce qui est interdit par OMC .Airbus pourra sortir victorieux du procès qui les opposent depuis des années

  • resident agacé le 21.03.2020 12:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Merci Trump, augmentation des taxes d’importation sur le vin en France parce que l’Europe a aidé financièrement Airbus, et maintenant il veut nationaliser Boeing!?!trump se fou de la gueule de l’Europe je crois!

  • Le vrai problème c'est l'offshore le 21.03.2020 10:14 Report dénoncer ce commentaire

    Il faudrait qu'ils expliquent le fond du problème avec les 737-Max, que cela aide toutes les autres grandes entreprises (banques incluses) à réfléchir à cela. Boeing a confié le développement du logiciel à une société offshore dans un pays à bas coût, avec des gens peu, voire très peu, expérimentés dans le secteur aéronautique. Donc tout ce que les business analysts ont oublié de spécifier (car évident pour eux mais pas pour les gens de l'offshore) alors ce n'a pas été fait, et toutes les spécifications mal rédigées n'ont pas pu être challengées par les développeurs qui ont fait au mieux.

Les derniers commentaires

  • Did ier le 21.03.2020 21:12 Report dénoncer ce commentaire

    @calcul...11.2 milliard pouf 11.2 mios d d'emploi, ça fait 7400 Usd par emploi et non 7 400 000....

    • @Didier le 22.03.2020 17:49 Report dénoncer ce commentaire

      Vous avez lu le texte ? 11,2 milliards de dollars aux contribuables, mais a permis de sauver 1,5 million d'emplois américains, D'où vous sortez les 11.2 mios d'emplois ?

  • Ronald le 21.03.2020 19:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ressortez votre boulier, ça fait 1500e / personne

  • Krach 2020 le 21.03.2020 13:07 Report dénoncer ce commentaire

    Mais ça va être pareil chez nous vous croyez quoi ? Airbus, Sncf et des centaines d'autres devront être sauvés. Même des banques ! Et nous qui va nous sauver ? Ces gouvernements mous des genoux ? Laissez moi rire, même si c'est Loin d'être drôle.

    • Sandro le 21.03.2020 22:01 Report dénoncer ce commentaire

      Que voulez-vous nous dire exactement ?

  • resident agacé le 21.03.2020 12:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Merci Trump, augmentation des taxes d’importation sur le vin en France parce que l’Europe a aidé financièrement Airbus, et maintenant il veut nationaliser Boeing!?!trump se fou de la gueule de l’Europe je crois!

    • Top Manager le 21.03.2020 19:45 Report dénoncer ce commentaire

      Vous attendez d'un non Européen qu'il se soucie de l'Europe ? Réveillez-vous.

  • Sergent Piper le 21.03.2020 11:02 Report dénoncer ce commentaire

    Si Boeing à une aide de l'état US ce qui est interdit par OMC .Airbus pourra sortir victorieux du procès qui les opposent depuis des années