Tourisme de masse

30 septembre 2017 16:56; Act: 30.09.2017 17:01 Print

Vous, les touristes, «nous vous détestons!»

A Barcelone ou Venise, les mouvements antitouristes portés par des résidents exaspérés illustrent les limites d'une industrialisation du voyage qui s'est emballée. Au risque de «s'autodétruire».

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Cet été, des actions coup-de-poing ont été menées dans plusieurs villes espagnoles par des groupes d'habitants, pour dénoncer les effets néfastes sur leur quotidien du déferlement de dizaines de millions de vacanciers. Des formes de «tourismophobie» montent aussi depuis des années à Venise, Dubrovnik, Ibiza, Gérone ou Majorque, où les flots de visiteurs grossissent toujours plus.

Mais ce «touriste» - accusé de tous les maux - n'est bien souvent que «le bouc émissaire d'un malaise qui en cache un autre: celui de sociétés fragmentées par l'industrie du tourisme», relève l'anthropologue Jean-Didier Urbain, au dernier jour du salon professionnel du tourisme Top Resa, à Paris.

Effets clivants

Le tourisme massif produit «des effets extrêmement clivants sur la population locale: d'un côté des gens s'enrichissent, et de l'autre des gens subissent, sont prolétarisés et marginalisés», souligne-t-il. «Et un voyageur, quel qu'il soit, est un éternel intrus. Son intrusion est toujours plus ou moins bien vécue par rapport à ce que cela apporte, et rapporte, aux 'visités'», résume M. Urbain, qui enseigne à l'Université Paris V.

Dans ces villes saturées à longueur d'année, «il finit par y avoir une rupture d'équilibre entre la vie quotidienne des habitants et une activité touristique qui génère trop de nuisances, avec des gens qui viennent avant tout pour faire la fête sans respect des populations locales», relève Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme.

Mesures de régulation

Ce sont avant tout les problèmes liés à l'hébergement des vacanciers qui crispent les locaux, au-delà du bruit ou de la disparition des commerces de proximité au profit d'échoppes à touristes. Le boom des locations saisonnières de type Airbnb a fait grimper les prix de l'immobilier, évinçant de certains quartiers les classes populaires mais aussi certaines classes moyennes. «On va avoir une démultiplication dans ces zones si les pouvoirs publics ne prennent pas des mesures de régulation des logements saisonniers», estime Didier Arino.

Pour l'anthropologue Saskia Cousin, «il ne s'agit pas d'interdire une pratique qui révèle l'inadéquation du système hôtelier - notamment pour les familles - et comble un besoin réel; mais le rôle des politiques publiques n'est-il pas aussi de protéger les habitants?», s'interroge-t-elle.

Perte de contrôle

«Barcelone et Venise ne sont pas des cas isolés, mais révèlent ce que l'on savait déjà depuis une quinzaine d'années: la perte de contrôle des pouvoirs publics face au phénomène touristique», résume Mme Cousin, coauteure d'un ouvrage intitulé «Sociologie du tourisme». Or, prévient-elle, «le problème, bien connu, est que le développement touristique est exponentiel: passé certains seuils, il est très difficile de revenir en arrière».

D'autant que l'industrie du tourisme est souvent une manne financière pour ces destinations: en Espagne, le secteur représente plus de 11% du PIB. «La solution serait de fixer un quota de résidents par rapport à la population locale pour la protéger, comme en Autriche ou en Suisse», avance Jean-Didier Urbain. Mais «en l'état, on observe que, d'une certaine manière, le tourisme est en passe de s'autodétruire», résume Saskia Cousin, soulignant que «dans certaines stations, les saisonniers ne peuvent plus se loger puisque toutes les chambres sont louées à des vacanciers».

(L'essentiel/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Fini le bon temps le 30.09.2017 18:49 Report dénoncer ce commentaire

    Ils n'ont qu'à refuser les cruisers cela fera déjà quelques millions de personnes par an en moins. Dubrovnik c'est pareil, de 9h à 17h impossible de se balader dans la rue principale...Avant, il y a quelques années 5-6000 personnes débarquées par jour, maintenant 3 fois plus, l'horreur. En plus ces touristes qui "font l'Europe" en 10 jours, ne voient que ce qu'on leur montre.Du bétail.

  • Tourista le 01.10.2017 09:47 Report dénoncer ce commentaire

    Un article intéressant qui montre que la situation n'est pas simple pour une société dans les situations extrêmes de tourisme de masse. La conclusion qui annonce l'autodestruction du tourisme est peut-être un peu trop extrême, le tourisme va plutôt devoir se réinventer pour être plus durable, plus respectueux des sites et des populations locales, dans un esprit un peu moins consumériste... Personne n'aime non plus être ce "touriste" perdu dans un troupeau de touriste, qui fait la file pour prendre une photo ratée d'un monument, entre des enfants qui pleurent et des vendeurs à la sauvette.

  • Fernand K le 30.09.2017 20:32 Report dénoncer ce commentaire

    Vous pouvez toujours visiter l'Espagne par exemple l'Andalousie très belle région , superbe et énormément de choses a visiter .

Les derniers commentaires

  • Tourista le 01.10.2017 09:47 Report dénoncer ce commentaire

    Un article intéressant qui montre que la situation n'est pas simple pour une société dans les situations extrêmes de tourisme de masse. La conclusion qui annonce l'autodestruction du tourisme est peut-être un peu trop extrême, le tourisme va plutôt devoir se réinventer pour être plus durable, plus respectueux des sites et des populations locales, dans un esprit un peu moins consumériste... Personne n'aime non plus être ce "touriste" perdu dans un troupeau de touriste, qui fait la file pour prendre une photo ratée d'un monument, entre des enfants qui pleurent et des vendeurs à la sauvette.

  • Grand Maître le 01.10.2017 08:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Restons au Luxembourg ou en France et laissons ces pays se plaindre. Il y a autant de beaux sites que dans ces pays peu accueillants.

  • cocou le 01.10.2017 06:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    l'Espagne ne vit que du tourisme et maintenant se plaint. mais quel pays et quelle mentalité horrible.

  • Anonymous85 le 01.10.2017 02:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Au portugal ca reste très raisonnable à part dans le Sud ! J ai 5 plages a 10 min max de chez moi et elles sont la plus part du temps désertes malgré le tourisme de masse pour le surf dans ma région...

  • Fernand K le 30.09.2017 20:32 Report dénoncer ce commentaire

    Vous pouvez toujours visiter l'Espagne par exemple l'Andalousie très belle région , superbe et énormément de choses a visiter .