Censure d'Internet

28 mars 2014 09:26; Act: 28.03.2014 11:58 Print

Après Twitter, la Turquie bloque YouTube

Le gouvernement turc a bloqué jeudi l'accès à la plateforme de vidéos. En cause, la diffusion de l'enregistrement d'une réunion confidentielle évoquant une intervention turque en Syrie.

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Le gouvernement de Recep Erdogan prévoit, selon les enregistrements, une attaque bidon en Turquie, qui servirait de prétexte à une intervention militaire en Syrie. (photo: AFP)

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À trois jours d'élections municipales cruciales pour le gouvernement, cette fuite, dernière d'une longue série, a provoqué la fureur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé «un acte ignoble, lâche, immoral» et promis à ses auteurs de les poursuivre «jusque dans leurs caves». Lors d'une courte déclaration, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a qualifié la diffusion de cet enregistrement de «claire déclaration de guerre à l'État et au peuple turc». Son ministère a aussitôt saisi l'Autorité turque des télécommunications (TIB), qui a bloqué l'accès à YouTube en Turquie, arguant d'une «menace de premier ordre à la sécurité nationale», selon l'agence de presse Anatolie. «L'accès a été bloqué par l'Autorité turque des télécommunications», indique désormais un message aux internautes.

Dans l'enregistrement visé, quatre personnes présentées comme étant de hauts responsables turcs, dont M. Davutoglu et le chef des services de renseignement (MIT) Hakan Fidan, évoquent ouvertement le scénario d'une opération secrète susceptible de justifier ensuite une riposte militaire turque en Syrie. L'authenticité de cette discussion, sa date et les conditions de son enregistrement n'ont pas été établies. Selon la télévision CNN-Türk, cette réunion s'est tenue récemment dans le bureau de M. Davutoglu. Le ministère des Affaires étrangères n'a pas démenti son existence mais a assuré que l'enregistrement publié avait été manipulé. Sur cette bande sonore, la voix attribuée à M. Fidan envisage d'envoyer «quatre hommes en Syrie pour lancer huit missiles dans un terrain vague en Turquie. S'il le faut, nous pouvons lancer une attaque. Ce n'est pas un problème, une justification peut être fabriquée». «Entre vous et moi, le Premier ministre a dit au téléphone que ça (NDLR: cette attaque) pourrait aussi être utilisé si nécessaire dans cette atmosphère», intervient à un moment de la conversation le personnage présenté comme M. Davutoglu.

Une décision qui intervient à trois jours des municipales

Kemal Kiliçdaroglu, chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), avait évoqué un tel scénario ce mois-ci en affirmant que le Premier ministre «pourrait décider de faire entrer l'armée en Syrie avant les élections». Comme pour les autres enregistrements qui inondent Internet depuis plusieurs semaines, M. Erdogan a accusé, sans les nommer, ses ex-alliés du mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, installé aux États-Unis, d'en être à l'origine. Le Premier ministre soupçonne le mouvement de M. Gülen d'être à l'origine des accusations de corruptions qui le visent et de publier ces écoutes pour le déstabiliser.

Pour empêcher la publication d'enregistrements clandestins, Ankara a bloqué le 20 mars Twitter, provoquant une avalanche de critiques internationales, notamment de la part de l'allié américain. Cette nouvelle fuite et le blocage de YouTube interviennent à trois jours à peine du scrutin municipal de dimanche, qui aura valeur de référendum pour M. Erdogan, de plus en plus critiqué pour son autoritarisme, après douze ans de règne sur le pays. La commissaire européenne en charge des Nouvelles technologies, Neelie Kroes, a dénoncé le blocage de YouTube, y voyant «une nouvelle tentative désespérée et déprimante» contre la liberté d'expression.

(L'essentiel/AFP)