Réseaux sociaux

25 novembre 2014 08:49; Act: 25.11.2014 13:57 Print

Le «journal» Facebook inquiète la presse

L'ambition de Facebook de devenir un journal d'informations personnalisé adapté aux intérêts de ses membres risque de pénaliser des médias traditionnels déjà à la peine.

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Facebook veut fournir grâce au réseau social «le parfait journal personnalisé pour chaque personne dans le monde». (photo: AFP)

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Plus d'un milliard de personnes sont actuellement inscrites sur le réseau social. Facebook représente d'ores et déjà le principal moyen de s'informer pour de nombreux utilisateurs, signe du glissement de la société dans l'ère numérique. Le fondateur du groupe, Mark Zuckerberg, a déclaré lors d'un forum, début novembre, que son objectif était de fournir grâce au réseau social «le parfait journal personnalisé pour chaque personne dans le monde». Et de relever que les journaux traditionnels fournissent la même information à de nombreux lecteurs, tandis que Facebook peut ciseler son fil d'actualités autour des intérêts de chaque individu, en présentant un mélange d'actualités, d'événements communautaires et de nouvelles des amis et de la famille.

«C'est une approche différente de l'information sur papier», explique Ken Paulson, ancien rédacteur en chef du quotidien national américain «USA Today» et actuel doyen de la faculté de Communication de masse de la Middle Tennessee State University. «Ce n'est ni bien ni mauvais, mais quelque chose que les journaux traditionnels ne sont pas en mesure de faire», relève-t-il. Dans le cas de Facebook, les décisions éditoriales ne dépendent pas d'un journaliste, mais d'un algorithme qui détermine les sujets susceptibles d'intéresser chaque personne, ce qui inquiète la communauté journalistique.

Dédain de la presse écrite

Mais certains spécialistes des médias reconnaissent que Facebook semble plus en mesure de fournir ce que les gens souhaitent, et d'une façon plus efficace. «C'est personnel, c'est approprié, c'est extraordinairement opportun et ça vous concerne. C'est davantage que ce que n'importe quel journal est en mesure de faire», commente Alan Mutter, ex-rédacteur en chef d'un quotidien régional, reconverti comme consultant dans le domaine des médias numériques. Selon lui, les journaux s'accrochent à leur «ancien» modèle économique tandis que les organisations comme Facebook personnalisent l'information. Et, selon lui, cette tendance va s'accentuer car les jeunes lecteurs dédaignent la presse écrite au profit des supports numériques et mobiles.

«La raison pour laquelle Facebook emploie autant d'ingénieurs et de spécialistes du traitement de données, c'est pour constamment améliorer l'algorithme. L'algorithme devient plus performant à mesure que les gens l'utilisent», dit Nikki Usher, professeur de journalisme spécialisée dans les nouveaux médias à l'université George Washington. Facebook est une source d'informations pour au moins 30% des Américains. Il génère un trafic important vers les sites d'informations des médias traditionnels, selon une étude de l'institut Pew Research. Ce qui lui donne un pouvoir important sur ces médias, de plus en plus dépendants des réseaux sociaux.

Le journalisme menacé

Pour Alan Mutter, ce que les gens lisent pourrait changer, au profit de contenus financés par la publicité, sponsorisés ou parrainés de manière plus ou moins transparente. «Ce ne serait pas forcément du vrai journalisme, mais ce serait du contenu». M. Paulson renchérit en estimant que «ce sera difficile de reproduire l'âme» de la presse écrite. «La liberté de la presse a été assurée pour surveiller les gens au pouvoir et informer (...).

Il y a une composante cruciale d'intérêt général, qu'un algorithme ne peut pas capter», dit-il. Le chercheur se demande comment le journalisme d'enquête sera financé. «Nous avons l'information que nous méritons et pour laquelle nous sommes prêts à payer», souligne-t-il.

(L'essentiel/ats)