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07 mars 2018 15:01; Act: 08.03.2018 16:38 Print

Se soigner grâce à la réalité virtuelle

À Lille, des patients souffrant de troubles cognitifs sont plongés dans des univers de réalité virtuelle pour tester un cadre thérapeutique optimal.

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Le patient place un casque avec visière sur sa tête et se retrouve aussitôt immergé en vue subjective dans le vaste séjour d'une agréable villa, parfaitement modélisé. Il peut se déplacer et manier des objets au moyen de deux manettes. L'objectif est «qu'ils se forment leur cocon, leur monde, leur moment à eux», explique Carla Bocquillon, responsable commerciale de My Cyber Royaume, la start-up lilloise d'une dizaine de salariés à l'origine de cet outil, lauréate en septembre 2017 d'un appel à projets soutenu par les Hauts de France.

Jacques, 95 ans, résident de l'Ehpad de Douchy-les-Mines (Nord), qui a pu tester, témoigne de son «sentiment d'évasion»: «C'est un changement de climat, d'environnement. J'ai tiré à l'arc, fait un feu de cheminée... J'en ai même parlé à mon fils (...). Et en même temps quand on en sort, on a un petit moment de cafard, je (me suis souvenu que je) n'ai pratiquement pas de famille ici...» Plus que d'autres maladies, les troubles mentaux requièrent des conditions apaisées que n'offrent pas toujours les moyens traditionnels.

Le temps d'une sieste

«Le bien-être de la personne va l'aider à travailler différentes fonctions cognitives», souligne Caroll Duthérage, fondatrice et directrice innovation de la start-up, la première à développer ces univers virtuels. «On est bien obligés d'explorer les fonctions cognitives chez quelqu'un de malade, ce n'est pas toujours bien vécu et ça met mal à l'aise. Cette idée de faire comme à la maison, sans pénalité ou score, est intéressante», explique Florence Pasquier, professeur de neurologie à l'Université de Lille et responsable du Centre mémoire de ressources et de recherche de Lille, deux institutions qui avec le CHRU de Lille ont noué un partenariat avec la start-up.

Qu'il y a-t-il de plus stimulant pour un patient: répondre à de longs tests à base de formes géométriques sur papier, comme le font actuellement faire les médecins, ou plonger le temps d'une sieste dans un nouveau monde parfait? Le directeur de l'Ehpad de Douchy-les-Mines se dit convaincu: «C'est un lien avec la modernité, ce n'est pas parce qu'on est vieux, qu'on doit être avec du vieux... Je pensais qu'ils allaient être réticents, et ils se sont vite pris au jeu». «Jeu» au sens littéral: tir à l'arc, golf, billard, sculpture ou encore cuisine forment un éventail d'exercices ludiques propres à recueillir l'adhésion.

Créée il y a un an, My Cyber Royaume voit loin. Elle espère lancer ses premiers essais cliniques dans les prochains mois. Puis, grâce à l'application large de l'outil virtuel, vendre ses logiciels pour quelques milliers d'euros, avec une formation et un abonnement d'environ 2 500 euros par an, aux maisons de retraite, hôpitaux, centres de rééducation...

(L'essentiel/AFP)