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02 janvier 2019 09:00; Act: 02.01.2019 15:15 Print

La rencontre entre deux géants du 9e art

Longtemps avant «Bouncer», Jodorowsky et Boucq s'étaient déjà unis pour ce «Face de Lune», dont Le Lombard a entrepris une somptueuse réédition.

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Né à l’aube des années 90 dans les pages de «À Suivre», le somptueux «Face de Lune» marque la première rencontre entre Alejandro Jodorowsky et François Boucq.

Damanuestra est une île moralement déviante qu'un déluge permanent ne parvient plus à laver de ses péchés. C'est que la spiritualité a été pervertie à des fins politiques par le clergé. Sur cette île, la population vit donc sous un joug dictatorial, en proie à des vagues gigantesques qui ravagent tout sur leur passage. Les bâtiments sont adaptés et la vague refroidit le réacteur de totrane, seule source d'énergie. Mais elle emporte aussi tous ceux qui osent se rebeller face au Kondukatoir.

Pour offrir une renaissance à l'île, il faut un messie. Ce sera Face de lune, un personnage sans visage, capable de dompter les vagues et avançant sur une voie connue de lui seul. Dans son sillage, les rebelles retrouveront l'espoir. Récit graphiquement très ambitieux dont le scénario interroge, en creux, l’histoire du XXe siècle, «Face de Lune» a ouvert le bal de 20 années de collaborations fructueuses entre François Boucq et Alejandro Jodorowsky.

Chef-d'œuvre

Raconteur d'histoires, Jodorowsky rêvait de bousculer le dessinateur Boucq dont il avait remarqué et aimé le travail poussé sur les visages. Il lui a donc offert un personnage... sans visage ou presque. «J'ai beaucoup cherché. Il fallait donner des images de perception et il devait rester une icône dans laquelle n'importe qui pouvait se reconnaître», explique François Boucq.

C'est ainsi qu'il a choisi pour «Face de Lune» de concentrer sur les yeux «véritable miroir de l'âme et ferment inextricable de l'humanité». Pour sauver cette dernière, le héros sans visage n'aura de cesse d'édifier une cathédrale. Les 100 planches de «La Cathédrale invisible» ont été publiées pour la première fois en 1992, en album dans la collection «À Suivre» chez Casterman. En 2003, l'album a été réédité en deux tomes, «Le Dompteur de vagues» et «La Cathédrale invisible».

Cette fois, Le Lombard fait reparaître l'histoire dans sa version originale, avec une couverture inédite et des cahiers qui explorent les arcanes éditoriales et philosophiques de ce chef-d'œuvre.

(Denis Berche/L'essentiel)