Bandes dessinées

06 juillet 2016 08:47; Act: 06.07.2016 10:29 Print

La suite d'«El Topo», film culte, est devenue une BD

Alejandro Jodorowsky n'a pas trouvé d'argent pour tourner la suite d'«El Topo». Alors il a fait de son story-board une bande dessinée.

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Dans l’Ouest aride, El Topo fut un bandit qui, ouvrant les portes de son cœur, devint un saint à même d’accomplir de grands miracles. De deux femmes différentes, il eut deux fils. Funeste silhouette de cuir noir arpentant le désert, Caïn le maudit s’est juré de tuer ce père à qui il n’a jamais pardonné. Incapable d’accomplir sa soif de vengeance, il jette alors son dévolu sur son demi-frère, Abel.

Et dans cet Ouest sauvage empreint de mysticisme, ceux qui croiseront sa route en seront les victimes collatérales...

Au début des années 70, à minuit pile, lors d’un festival de cinéma, le couple vedette John Lennon et Yoko Ono avait projeté «El Topo», d’Alejandro Jodorowsky. Adoubé par la critique et par les plus grandes rockstars de l’époque, le film a donné naissance au courant des «Midnight Movies» et généré un véritable culte parmi les cinéphiles du monde entier.

S'il n’a rien perdu de sa superbe et de son statut d’œuvre mythique, «El Topo» n'a pourtant jamais eu de suite. «Je l'ai écrite. La tourner aurait coûté 20 millions de dollars. Impossible pour un film underground. Et après l'échec d'un autre de mes projets, "Dune", je me suis tourné vers la bande dessinée», explique Alejandro Jodorowsky.

Toujours en train de créer, même à 87 ans, il a donc décidé d’en raconter la suite... en bande dessinée. «J'ai inventé un nouveau genre, le film graphique, série en trois ou quatre volumes donnant au lecteur l'impression de regarder un film».

Grâce au trait vraiment virtuose du dessinateur mexicain José Ladronn, «Les Fils d'El Topo» devient un western surréaliste. Et comme souvent chez Jodorowksy («Les Aventures de John Difool», avec Moebius, «Juan Solo», avec Georges Bess, «La Caste des Méta-Barons», avec Juan Gimenez...), le génial créateur chilien distille au passage quelques considérations philosophiques et spirituelles.

«Pour les uns, El Topo est un vieux rabbin qui devient un vrai moine catholique. Pour les autres, c'est un moine zen. Pour moi, c'est juste un faux cow-boy. Et les westerns de mon enfance étaient des contes de fées que je découvrais au ciné de mon quartier sans savoir ce qu'étaient les États-Unis...».

(Denis Berche/L'essentiel)