Bande dessinée

19 décembre 2018 09:00; Act: 19.12.2018 14:02 Print

La tragédie de Marcel Grob, enrôlé dans la SS

L'histoire d'un jeune Alsacien de 17 ans enrôlé de force dans la Waffen SS. C'est ce que raconte «Le Voyage de Marcel Grob».

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11 octobre 2009. Marcel Grob, un vieil homme de 83 ans, se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Et plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien de 17 ans à peine rejoint la Waffen SS pour y être intégré dans la 16e division Reichsführer, trois semaines après le débarquement en Normandie.

Et Marcel Grob de se rappeler avec émotion de ce jour fatidique où, comme 10 000 de ses camarades alsaciens, il fut embrigadé de force dans la SS. Il n’était pas volontaire pour se battre, mais il n’avait pas le choix. Pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu’il n’a pas été un criminel nazi.

Alors, Marcel Grob se replonge dans de douloureux souvenirs. Ceux d’un Malgré-nous forcé d’aller combattre en Italie, au sein d’une des plus sinistres divisions SS. Un voyage qui l’amènera à Marzabotto pour un massacre qui fit 718 morts, des vieillards, des femmes et des enfants sauvagement abattus.

«Mon grand-oncle, qui m'a tenu lieu de grand-père, avait fait la guerre du mauvais côté. À 17 ans, il a été incorporé, comme 130 000 autres jeunes Alsaciens et Mosellans, dans l'armée allemande. Pas dans la Werhmacht, mais bel et bien dans la Waffen SS. C'est son histoire qui m'a inspiré le scénario de cette BD», explique Philippe Collin, qui travaille sur France Inter depuis bientôt 20 ans.

«Je ne suis pas allé à ses obsèques pour ne pas aller à l'enterrement d'un SS. Et puis, un membre de notre famille m'a confié son livret militaire et son Soldbuch. Et j'ai compris qu'il ne s'était pas engagé volontairement, mais contraint et forcé. Même s'ils se sont battus avec les nazis, ces jeunes garçons d'Alsace et Moselle ont aussi été leurs victimes».

Quand ces jeunes Malgré-nous n'obéissaient pas, ils étaient tout simplement exécutés. Et quand ils fuyaient ou se suicidaient, leurs familles étaient arrêtées et déportées. «Mon but en racontant cette histoire était d'amener le lecteur à comprendre l'immense complexité de cette situation à travers le destin tragique de ce fils de bûcheron. Qu'aurais-je fait à sa place? Il faut avoir le courage de se poser la question, même si on ne peut pas vraiment y répondre...».

(Denis Berche)