Bande dessinée

03 février 2016 09:00; Act: 02.02.2016 18:54 Print

Deux fins possibles pour cet épatant «Dilemma»

Il a fallu trois années au Liégeois Clarke (50 ans) pour mener à bien son projet «Dilemma».

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Cet excellent polar philosophique, noir, profond, se termine avec deux fins possibles.

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«L’humanité est-elle maîtresse de son destin? Est-il possible de modeler l’apparence des descendants quand nous connaissons les aïeux?». Deux questions que pose Clarke à travers «Dilemma». Promené du Pirée à Berlin, des débats des philosophes grecs à la montée du nazisme, le lecteur se retrouvera face au choix cornélien du principal protagoniste de ce volumineux roman graphique.

«À l'origine, je voulais faire cohabiter dans un même récit deux thèmes qui me tiennent à cœur: la culture antique et l'histoire géopolitique du monde, surtout l'Allemagne de 1938», explique Frédéric Seron (dit Clarke), qui a presque 70 albums derrière lui. One-shot unique en son genre, très éloigné de ses habituelles productions humoristiques, «Dilemma» raconte comment quatre philosophes grecs (Platon, Diogène, Aristote et Xénophon) ont planifié, longtemps avant l'heure, le destin du monde.

Lorsqu'un jeune archéologue allemand découvre des manuscrits anciens au fond d’une grotte grecque en 1934, il ne sait pas ce qui l'attend. Que faire quand on a dans les mains toutes les clés pour faire perdre ou gagner une terrible guerre à venir? Peut-on rester un patriote dans un pays dirigé par les nazis? Michael Dorffman va devoir faire un terrible choix.

«"Dilemma" se déroule dans un contexte historique réel, mais que j'ai voulu traiter à hauteur des personnages, à travers leur regard, parfois ambigu. Je voulais donner aux lecteurs la même vision des événements que mes personnages», ajoute Clarke. Pour farfelu qu'il soit, le postulat de départ devient rapidement une histoire intrigante, étonnante, épatante. «Une histoire a besoin de chair, d’intime, pour pouvoir réellement se développer et un moment, vous échapper».

Cet excellent polar philosophique, noir, profond, se termine avec deux fins possibles «même si la décision de Michael Dorffman ne changera pas grand-chose». Des versions qui se concluent toutes deux en 2016, dans deux mondes pourtant différents. Un seul album, mais deux versions, sous deux couvertures légèrement différentes. Avant un épilogue commun, cinq planches diffèrent en fin d'album. Chaque album contient un lien pour lire l’autre version sur le Net. À la fois prouesse narrative et éditoriale, «Dilemma» est un vrai bijou de 136 pages.

(Denis Berche/L'essentiel)