Bande dessinée

15 mars 2017 09:00; Act: 15.03.2017 13:20 Print

Il était une fois dans le Nord

Un western au pays de Germinal, ainsi se présente «Les Gueules Rouges», une excellente BD signée Dupont et Vaccaro.

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Été 1905. En tournée dans toute l’Europe, le cirque de Buffalo Bill s’arrête à Valenciennes. C'est un événement considérable pour la population locale et l’occasion pour Gervais, un gamin qui travaille au fond de la mine, d’élargir son horizon.

De sa rencontre poignante avec des Sioux du cirque va naître une terrible erreur judiciaire quand ses amis indiens sont accusés d’un meurtre sauvage.

«Je suis originaire de Valenciennes et quand j'ai appris que le cirque de Buffalo Bill s'y était arrêté en 1905, j'ai pensé que c'était un bon point de départ pour raconter une histoire en transposant dans le bassin minier les codes visuels du western», explique le scénariste, Jean-Michel Dupont.

«Si l'intrigue est une pure fiction, elle s'insère dans un contexte historique réaliste. En 1905, le débat sur la laïcité fait rage et le Nord sortait d'une grande grève qui avait mobilisé plus de 70 000 mineurs. L'échec de cette grève a provoqué l'émergence d'un syndicat anarchiste plus radical dans lequel milite René, l'un des héros», dit Jean-Michel Dupont, auteur aussi de «Love in vain», prix des libraires de BD 2015.

«J'ai tout de suite accroché au scénario. Je me suis attaché au personnage de Gervais, le jeune mineur de 12 ans, ainsi qu'à White Eagle et Setting Sun, les deux Sioux Lakotas dont il devient l'ami», dit Eddy Vaccaro, dessinateur de «Gueules Noires» et avant cela de «Mobutu dans l'espace».

Riche en péripéties, ce superbe western au pays de Germinal est aussi une chronique truculente de la vie quotidienne des mineurs au début du XXe siècle, sur fond de remous politiques provoqués par les syndicats anarchistes. Et ces mineurs sont bien loin des gens tristes, accablés par la dureté de leur existence. Selon Jean-Michel Dupont, «Zola avait noirci le tableau dans "Germinal" pour mieux faire passer son message politique. En réalité, les mineurs étaient des gens assez joyeux, bons vivants avec un humour typique, volontiers moqueur, que j'ai essayé de retranscrire».

Son western décalé raconte donc la rencontre entre les «gueules noires» du Nord de la France et les «Peaux-Rouges» du cirque de Buffalo Bill, le Wild Wild West. «Un choc culturel incroyable! Cette BD est aussi une bonne occasion de railler l'arrogance du monde dit civilisé, notamment face aux croyances des Indiens». Et comme dans tout bon western qui se respecte, ceux des «Gueules Rouges» sont bien sûr accusés à tort...

(Denis Berche/L'essentiel)