Bande dessinée

25 juillet 2012 07:20; Act: 24.07.2012 19:01 Print

S'évader est leur obsession

«La Grande Évasion» est une série concept initiée par David Chauvel. Le premier tome, «Biribi», met en vedette un Corse, Ange Lucciani.

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Biribi est un véritable album vibrant.

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1898, au Maroc, un pénitencier perdu au beau milieu du désert, sous un soleil de plomb. Deux nouveaux prisonniers débarquent. Dès leur arrivée, ils sont battus, rasés, humiliés.

À Biribi, un bagne digne de l'enfer, le chaouch règne en maître absolu. Ex-souteneur corse, Ange Lucciani traîne derrière lui un lourd passif d'insubordination et refus d'obéissance. Caractère bien trempé, il ne cède jamais et paie toujours au prix fort ses multiples désobéissances.

Avec son caractère récalcitrant, Ange Lucciani ne manque pas une occasion de répondre effrontément aux ordres, en se fichant de la poire du chaouch. Il morfle donc à chaque fois un peu plus. À la pire torture, «la crapaudine» (chevilles et poignets liés dans le dos et le corps suspendu ainsi à un arbre), il répond par la pire provocation en se faisant tatouer la moustache, qu'on lui a rasée. S'attirant les foudres du chaouch de Biribi, Ange doit aussi faire face à certains autres bagnards décidés à lui mener la vie dure. Dans ces conditions, il n'existe qu'une solution pour Ange: l'évasion! Mais comment pouvoir s'évader d'un bagne perdu au milieu du désert marocain?

Duo d'auteurs différents



Delcourt, David Chauvel et les séries concepts, voilà un trio à l'œuvre depuis quelques années, avec un succès certain. Il y a d'abord eu «7», puis «Le Casse», puis une seconde saison de «7». Voici maintenant «La Grande Évasion». Dans la lignée du «Casse», chacun des huit albums est à chaque fois réalisé par un duo d'auteurs différents qui abordent le thème de l'évasion.

Des one-shot indépendants les uns des autres, mais liés par un thème identique. Huit albums à paraître dans un temps très ramassé (entre mai 2012 et octobre 2013) pour contenter l'impatience du lecteur. «À travers ces huit récits de fiction pure ou de faits réels, scénaristes et dessinateurs tentent l'évasion ultime. Et cette évasion ultime sera celle des lecteurs», explique David Chauvel, le directeur de la collection.

De l'enfer des bagnes coloniaux («Biribi») au labyrinthe de Dédale («Le Labyrinthe»), d'un vaisseau spatial à la dérive («Void 01»), au cruel pénitencier de Dannemora («Fatman»), de la cuvette infernale («Diên Biên Phu») à une prison expérimentale oubliée du monde («Asylum»), du Berlin-Est des années 60 («Tunnel 57») aux confins de la Russie tsariste («La Balade de Tilman Razine»), les héros n'ont qu'une ambition: s'échapper!

L'univers carcéral marocain crédible

Pour ouvrir le bal de ces «huit récits à haute détention», David Chauvel a misé sur «Biribi». Et c'est super réussi! Au scénario, Sylvain Ricard rend un bel hommage à «Papillon» ou à «L'évadé d'Alcatraz», à travers l'histoire d'Ange, cet insoumis incurable. On prend vite fait et cause pour ce légionnaire puni bien décidé à ne pas finir ses jours dans cette prison désertique tenue d'une main de fer par un officier sadique.

Au dessin, Olivier Thomas parvient à rendre très crédible et très oppressant l'univers carcéral marocain de l'époque coloniale. De tels établissements pénitentiaires accueillant des militaires réfractaires ont bel et bien existé. Le grand Albert Londres leur a notamment consacré un livre. Le célèbre journaliste fit aussi fermer le bagne de Cayenne.

Scénario musclé, personnages au cuir et à l'âme abîmés, dessins réalistes et maîtrisés, «Biribi» frappe d'entrée au plexus pour se révéler un album vibrant, plaisant et parfait pour ouvrir les portes à «La Grande Évasion». On attend avec impatience la suite de cette série concept.

«La Grande Évasion T. 1 - Biribi». Ricard/Thomas. Delcourt (déjà paru).

«La Grande Évasion T. 2 - Le Labyrinthe». Gabella/Palumbo. Delcourt (22 août).


(Denis Berche)