Exposé à Genève

27 avril 2018 14:42; Act: 27.04.2018 15:12 Print

Ce Picasso appartient à... 25 000 personnes

25 000 internautes qui ont acquis ensemble un Picasso via une plateforme suisse d'achat groupé, peuvent l'admirer pour la première fois vendredi à Genève.

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Le Musée d'art moderne et contemporain de Genève (Mamco) est la première institution à l'accueillir. (photo: AFP)

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D'habitude, les fidèles du site suisse d'achat Qoqa lorgnent plutôt sur la perceuse, le lot de valises ou le voyage à Marrakech à prix cassé. Mais, en décembre, la plateforme lancée en 2005 avec pour devise «On fait n'importe quoi mais on le fait pour toi», leur a proposé d'acquérir un tableau de maître, «Buste de mousquetaire» de Pablo Picasso (1968), pour 2 millions de francs suisses (1,7 million d'euros). En trois jours, 25 000 personnes ont acheté les 40 000 parts à 50 CHF (42 euros) mises en vente et sont officiellement devenues les heureux propriétaires du «Buste» (58 x 28,5 cm).

L'idée de départ de Qoqa était évidemment «de faire du buzz» pour faire parler de l'entreprise, mais il y avait aussi l'envie de démocratiser un monde de l'art vu comme «fermé et obscur», confie Pascal Meyer, 37 ans, PDG et fondateur. «Quand on a lancé cette idée-là, on nous a dit: oubliez, c'est juste impossible», raconte-t-il, au milieu de l'open space d'un entrepôt de la périphérie de Lausanne, peuplé d'employés à peine trentenaires, où le port de la cravate est interdit. «Et puis quand on a commencé à parler de Picasso, on nous a dit: "alors là, c'est doublement impossible", donc du coup le challenge était hyper sympa, on s'est dit: tentons le truc, essayons (...) de démocratiser un petit peu ce domaine (...) qui paraît inaccessible pour Monsieur et Madame Tout le monde».

«Ça rend le truc un peu plus sexy»

L'entreprise s'est entourée de spécialistes pour certifier «l'authenticité de la pièce», mais également «s'assurer qu'on la paie le bon prix», raconte encore M. Meyer, qui n'a pas souhaité divulguer le prix réel versé par Qoqa à «un propriétaire européen». Dans l'esprit de la devise du mousquetaire sujet du tableau - «Un pour tous, tous pour un» - c'est désormais à cette large communauté de propriétaires de veiller au destin de l’œuvre, de décider par exemple où il sera exposé. Le Musée d'art moderne et contemporain de Genève (Mamco) est la première institution à l'accueillir et le tableau y sera exposé à partir de vendredi.

Son directeur, Lionel Bovier, a été séduit par l'initiative. Pour son institution, qui expose un art réputé élitiste, s'associer dans ce cadre à la plateforme d'achat a en effet le mérite d'ouvrir un peu plus grand les portes du Mamco. «L'intérêt principal pour nous, c'est une forme de développement de public (...), c'est-à-dire de prendre contact, de s'adresser à ce public qui est devenu propriétaire collectivement de ce tableau», explique-t-il. «On espère du coup accueillir le plus grand nombre possible de propriétaires parmi cette communauté de 25 000 personnes», a-t-il ajouté. Chaque propriétaire, muni de sa carte numérotée et frappée d'une reproduction de l’œuvre, pourra venir admirer son bien, gratuitement.

M. Bovier souhaite également utiliser le savoir-faire de Qoqa dans les technologies digitales pour exposer le tableau de manière originale. Des interactions via «PiQasso», une plateforme dédiée du site Qoqa et une webcam sont prévues. Il y a aussi «un scan 3D de l’œuvre qui a été fait, donc on pourra se balader dans l’œuvre, enfin il y a plein de petites choses qui font que ça rend le truc un peu plus sexy et un peu moins chiant si j'ose dire», souligne M. Meyer. Le «Buste» doit rester à Genève jusqu'en octobre. Ensuite, ce sera aux internautes de voter pour sa prochaine destination.

(L'essentiel/afp)