Bande dessinée

11 septembre 2013 10:00; Act: 10.09.2013 18:47 Print

C'est du grand cinéma!

Sur fond de guerre civile américaine, Bollée et Rossi ont signé avec «Deadline» un western qui prend aux tripes.

Une faute?

Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi n'auraient pas dû se rencontrer. Car Bollée voulait travailler avec Griffo. Mais comme ce dernier n'était pas libre, il en a parlé à Rossi, son voisin dans une séance de dédicaces. Le hasard ayant fait son œuvre, LFB et Rossi se retrouvent complices pour «Deadline», un western allégorique qui se lit d'une traite.

L'album s'ouvre en fait sur le meurtre d'un certain John C. Lester, l'un des fondateurs du Ku Klux Klan. Il a été abattu par Louis Paugham, bien des années après l'avoir croisé au camp d'Anderson en Géorgie. Dans cette gigantesque prison à ciel ouvert, alors que la guerre de Sécession fait rage, des geôliers sudistes gardent des milliers de captifs nordistes. Entre les deux, une simple ligne. La deadline. Le prisonnier qui la franchit gagne un aller simple pour l'enfer. Un soldat noir au calme insolent, le regard fier, intrigue le jeune confédéré Louis Paugham, tout juste affecté à la surveillance au camp d'Anderson, et qui devra bientôt faire un drôle de choix.

«Le terme "deadline" qui désigne une échéance a bien été utilisé pour la première fois durant la guerre de Sécession, et ce dans une signification toute littérale: une ligne de mort. J'ai repris l'origine du mot, j'ai gardé le contexte et j'en ai fait un western», explique le scénariste, Laurent-Frédéric Bollée.

Jeune Sudiste enrôlé de force, son «héros» Louis Paugham est vite tiraillé entre son devoir de soldat et les atrocités dont il est témoin. «C'est un personnage écartelé, constamment pris entre deux feux. Il subit les événements. Mais dans cette spirale, il va peu à peu s'affirmer, trouver sa voie...», dit LFB, qui revendique le film «L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford» comme unique source d'inspiration. D'où une voix off dans la BD comme au cinéma et des cases panoramiques pour donner un équivalent de cinémascope.

«Nous nous sommes retrouvés, LFB et moi, sur la sensation de "voir" un film simplement en creusant l'histoire de ce garçon. Nous avons voulu créer un substitut de film au lecteur», explique le dessinateur, Christian Rossi, dont la mise en couleur directe est tout simplement magique et magnifique. «Deadline» est assurément l'un des albums de cette riche rentrée. Le hasard, qui a permis au final la rencontre Bollée-Rossi, a encore une fois bien fait les choses.

Denis Berche