Défilé historique

03 mai 2016 10:17; Act: 03.05.2016 11:37 Print

Chanel organise un défilé inédit à Cuba

Les créations de Chanel présentées au cœur de La Havane, bastion communiste par excellence: la maison de luxe parisienne organise mardi son premier défilé en Amérique latine.

storybild

«La richesse culturelle et l'ouverture de Cuba sur le monde en font une source d'inspiration pour Karl Lagerfeld et pour Chanel», a vanté la marque française en annonçant son défilé inédit. (photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

C'est sur le Paseo del Prado, un boulevard à 300 mètres de la mer, que le couturier allemand Karl Lagerfeld dévoilera ce mardi la collection Croisière 2016/17. La Havane est devenue ces derniers mois la destination à la mode, où se sont rendus tour à tour le président des États-Unis Barack Obama puis les Rolling Stones. Elle accueille aussi le tournage du nouvel opus de la saga américaine "Fast and furious".

L'île semble ainsi retrouver son glamour d'avant la révolution castriste de 1959, quand elle était prisée des stars d'Hollywood et des mafieux qui venaient profiter de ses cabarets et casinos. Mais cette fois, le contraste sera grand entre l'opulence de la maison française de haute couture et la pauvreté de la population locale. Même décoré pour l'occasion, le quartier du défilé ne peut cacher ses maisons et immeubles décrépis, où vivent des milliers de personnes bien éloignées de toute notion de luxe.

Une ouverture au marché de la mode

Voir défiler les créations exclusives de Chanel signifie aussi un changement d'époque pour de nombreux Cubains, habitués pendant des années à porter les mêmes vêtements et chaussures passe-partout, symboles de l'idéal égalitaire visé par l'île communiste. Cuba avait commencé à s'ouvrir au marché après la chute du bloc soviétique en 1990, mais sans grande révolution de style: les Cubains devaient alors se contenter de vêtements d'occasion, importés et vendus dans les boutiques d’État. Proposés officiellement sous le doux euphémisme de "vêtements recyclés", ils ont vite été rebaptisés "trapishopping" (achat de chiffons) par les habitants.

Parallèlement, d'autres boutiques d’État ont commencé à proposer des habits neufs en dollars, mais à des prix élevés, à la qualité douteuse et visiblement déjà passés de mode. Adeptes de la débrouille, certains Cubains importaient des vêtements d’Équateur ou du Mexique, glissés dans leur valise au retour de voyages puis vendus dans des boutiques privées, que le gouvernement a fermées fin 2013.

La haute couture locale, elle, a entamé sa renaissance dans les années 1990, bénéficiant même du soutien de l’État pour ouvrir des espaces comme la Casa La Maison, qui accueille des défilés. Raul Castillo, couturier le plus populaire à Cuba ces vingt dernières années, ne peut cacher son émotion: «C'est un rêve de voir ici, dans le Cuba socialiste, le travail d'un couturier comme Lagerfeld», déclare-t-il. Selon lui, «la mode (cubaine) vit un très bon moment, nous nous ouvrons au monde», donc «il est très important que Chanel vienne ici».

(L'essentiel/AFP)