«Le Cycle de Cyann»

17 septembre 2014 09:00; Act: 18.09.2014 16:10 Print

Cyann quitte son lecteur

Icône de la BD, François Bourgeon tourne la page de la science-fiction en clôturant «Le Cycle de Cyann», débuté en 1989.

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«Les Aubes douces d'Aldalarann» clotûrent «Le Cycle de Cyann». (photo: dr)

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Auteur de BD aux millions d’albums vendus, François Bourgeon a érigé trois cathédrales qui défient le temps: «Les Passagers du Vent» (7 volumes), «Les Compagnons du Crépuscule» (3 volumes) et «Le Cycle de Cyann» qui se termine avec la parution du sixième tome, intitulé «Les Aubes douces d'Aldalarann». Trois femmes, trois époques, trois héroïnes éprises de liberté: Isa, Mariotte et Cyann. «Le plaisir sensuel du dessin est beaucoup plus fort chez moi lorsque je croque des corps féminins. Les femmes expriment davantage de sentiments que l'homme et elles sont plus sensibles, plus en avance sur leur temps», explique François Bourgeon (69 ans), dont toute l'œuvre est passée chez Delcourt.

«"Le Cycle de Cyann" a beaucoup de fans, mais j’ai fini de raconter l’histoire. Je tourne la page de la science-fiction, sans nostalgie», dit-il à propos de sa saga de SF dans laquelle une sale gamine, Cyann, apprend l’humanité à travers les pièges de l'espace et du temps et ses pérégrinations depuis la planète bleue où elle a grandi. Délaissant un temps la BD historique dont il fut un précurseur, François Bourgeon a littéralement inventé un monde dans «Le Cycle de Cyann», avec son architecture, son langage, sa faune, sa flore, ses planètes, ses mœurs.

«L’avenir de Cyann reste imprévisible»

«La SF a été une formidable récréation. Mais même là, avec mon précieux complice Claude Lacroix, on a recherché la crédibilité. On peut créer des espèces d’oiseaux mais on ne peut pas créer la plume!». Commencé fin 1989, Cyann se boucle en 2014. Et parce qu'elle en devient digne, l'héroïne comprend enfin qu'elle n'avait rien compris. Il est presque impossible de lire le sixième tome de Cyann sans relire les autres. On s'aperçoit alors que Cyann a beaucoup évolué en 484 planches. «Comme vous, comme moi, nous évoluons tous. J'ai aimé suivre son cheminement d'adolescente capiteuse et capricieuse, et surtout gâtée, vers une vie de femme mûre et responsable».

Comme François Bourgeon aime les histoires qui se finissent plutôt bien, Cyann devait changer, beaucoup changer. «Dans ce dernier tome, il y a une vraie fin, avec des réponses. Mais tout n’est pas expliqué, l’avenir de Cyann reste imprévisible». L’après-Cyann? «J’ai plusieurs pistes historiques qui réclament beaucoup de préparation documentaire. Cela prendra trois ans, six ans, le temps qu’il faut», dit ce perfectionniste qui refuse de vendre ses planches. «Je travaille pour les lecteurs, pas pour les collectionneurs. Les prix atteints par la BD sur le marché de l’art, c’est n’importe quoi. Indécent!».

Denis Berche avec AFP