À New York

04 août 2018 11:19; Act: 07.08.2018 14:28 Print

Des mannequins traînent leurs agences en justice

Wilhelmina, Next, Elite ou encore MC2 Models font l’objet d’une plainte collective. Certains de leurs modèles affirment avoir été exploités, escroqués, poussés à maigrir...

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Les mannequins se rebiffent. (photo: ian Gavan)

Que des anciens mannequins dénoncent le milieu sans pitié dans lequel elles ont autrefois évolué, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, et qui fera sans doute date, c’est qu’elles ne se contentent pas de s’épancher dans les médias, mais qu’elles portent plainte contre les agences qui les ont employées.

Plusieurs modèles, dont Melissa Baker, ont déposé une plainte collective contre les plus grosses agences de mannequins new-yorkaises: Wilhelmina, Next, Major, Elite, MC2 Models et Click. Selon le Daily Mail, certaines filles, par exemple, les accusent de les avoir forcées à vivre dans des conditions déplorables, poussées à perdre du poids ou à faire de la chirurgie esthétique. Entre autres griefs. Leurs témoignages sont édifiants.

Eleni Tzimas, sous contrat avec Elite Models jusqu’en 2005, accuse son ex-agence d’avoir contrôlé sa carrière et sa vie personnelle. «Elite exigeait de Tzimas et d’autres modèles qu’ils se fassent photographier en maillot de bain plusieurs fois par année, de façon à pouvoir surveiller leur poids et leur silhouette», peut-on lire sur la plainte.

Melissa Baker (ici en 2008) fait partie des plaignantes.

La mannequin Vanessa Perron raconte, pour sa part, que son agence lui a donné l’ordre de «se faire opérer pour affiner ses cuisses» (et lui a même proposé de lui recommander une clinique proposant ce service), mais aussi de «perdre du poids, de changer de coiffure, de s’habiller différemment et de faire plus de sport».

Jusqu'à 70% de frais

Melissa Baker accuse l’agence Click de lui avoir suggéré de quitter son petit ami, qui était à l’époque sous les drapeaux en Afghanistan, et de le remplacer par une célébrité ou un athlète bankable afin de booster sa carrière. Melissa reproche également à son ancien employeur d’avoir utilisé son image sans son autorisation et surtout sans la payer, et affirme qu’il lui doit encore des dizaines de milliers de dollars. Elle n’est pas la seule à faire ce reproche à son ex-agence.

Louisa Raske et Grecia Palomares affirment, elles aussi, n’avoir pas été payées dûment pour leur travail. La plainte déposée à la Cour suprême de New York fait état d’une pratique qui semble habituelle dans les agences incriminées: la facturation de frais exorbitants. Ainsi, en 2014, sur un cachet de 1 000 dollars, Grecia Palomares dit n’avoir touché que 300 dollars, Wilhelmina ayant gardé les 700 autres à titre de frais, sans la moindre justification. Son confrère Alex Shanklin, aussi chez Wilhelmina, rapporte qu’il lui arrivait de devoir attendre trois mois avant de toucher son salaire. Incapables de subvenir à leurs besoins, les mannequins se retrouvaient alors dans l’obligation de demander une avance à leur agence, qui la leur accordait moyennement intérêts.

L'agence de Vanessa Perron (ici à New York en 2003) aurait exigé qu'elle se fasse opérer pour affiner ses cuisses.substantiels...

Certains modèles, à l’instar de Marcelle Almonte, affirment avoir été obligés de vivre à neuf dans un trois-pièces, et ce pour un loyer de quelque 1 600 euros par mois (chacune!), facturé par agence (alors que le loyer moyen de ce type de logement était de 2 400 euros). Cette dernière exerçait un contrôle absolu sur les vies de ses protégées, leur donnant notamment des instructions strictes concernant les sujets dont elles avaient le droit de parler durant les shootings.

Les mannequins tentant de se rebeller se voyaient ensuite écartées à titre de représailles et ne trouvaient plus de travail, rapporte la plainte. «Il n’y a rien de beau dans la manière dont l’industrie du mannequinat à New York traite ses modèles», dit le texte.