Bande dessinée

18 juillet 2018 09:00; Act: 18.07.2018 13:28 Print

Femme à l'ère victorienne, Clementine doit se battre

Frank Giroud aimait les personnages féminins qui sont puissants. C'est le cas de Clementine, qui va briser les carcans de son époque.

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Si Churchill rôde à chaque page, la véritable héroïne de cette BD est Clementine Harper, une jeune femme qui va briser les carcans de l'époque victorienne. (photo: Franck Giroud)

Bladon (Lancashire), 1894. Clementine Harper, 20 ans, tombe amoureuse de Winston Churchill, même âge. Ils sont voisins, mais un gouffre les sépare. «Winnie» appartient à l’une des plus prestigieuses lignées anglaises, alors que Clem n’est que la fille du maquignon local. De l’avis général, elle n’a aucune chance.

Elle se lance alors dans le journalisme pour attirer l’attention du jeune noble, tout en suivant les péripéties de celui qui devient à la fois grand reporter, officier, écrivain, politicien. Les défauts rédhibitoires de Winston Churchill (orgueil, misogynie, ambition, démesure) ne parviennent même pas à la rebuter. «Avec la fiction, je ne suis soumis à aucune contrainte. Ce qui me passionne, c'est la création pure... même si je reste très rigoureux quand il s'agit de la camper dans un décor réaliste ou de reconstituer un contexte historique», dit Frank Giroud, dont on a appris le décès le 13 juillet.

Le scénariste des histoires dans l'histoire venait de débarquer pour la première fois chez Casterman, maison de Hergé, Tardi et Pratt, avec ce «Churchill et moi», récit très dense, fort bien documenté et profondément romanesque. Si Winston Churchill rôde à chaque page ou presque avec son cigare, c'est à travers sa jeunesse tumultueuse et bien avant la fameuse bataille d'Angleterre, décisive pour le sort de la Seconde Guerre mondiale.

Mais la véritable héroïne de cette BD, c'est Clementine Harper. Une jeune femme qui va briser les carcans de cette époque victorienne par amour et par ambition. Une époque où le simple fait de vouloir obtenir son indépendance devient un chemin semé d'embûches.

«Ce que subissaient les Anglaises à l'époque victorienne était épouvantable. Et seuls les êtres d'exception parvenaient au sommet des marches. J'ai malgré ses défauts un faible pour Churchill. Mais quel plaisir d'animer les face-à-face entre Clemence, femme ambitieuse issue d'un milieu populaire, et cet aristocrate machiste imbu de lui-même». Frank Giroud a poussé le plaisir ou le vice (ou les deux) jusqu'à prénommer Miss Harper... Clemence. Le même prénom que la réelle épouse, un jour, de Winston Churchill. Si on ne le lira plus, on pourra toujours le relire.

«Churchill et moi». Frank Giroud et Andrea Cucci. Casterman.

(Denis Berche/L'essentiel)