30 avril 2015 13:27; Act: 30.04.2015 13:40 Print

La France veut tester un «village Alzheimer»

Dans les Landes, des élus, architectes et acteurs de la santé envisagent un projet inédit en France, déjà testé aux Pays-Bas.

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Le modèle a déjà fait ses preuves aux Pays-Bas. (photo: AFP)

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Un «village Alzheimer», inédit en France, au cœur de la pinède des Landes, où les résidents apprendraient à renouer avec les rituels d'une vie presque ordinaire? La vision attend pour se concrétiser le feu vert de l'État, «début juin 2015», assure l'ex-ministre (PS) Henri Emmanuelli, fraîchement reconduit à la tête du département des Landes. Pour une «ouverture espérée en 2017», précise le directeur de l'Agence régionale de Santé (ARS) d'Aquitaine, Michel Laforcade. Élus, architectes et acteurs de santé s'attellent depuis plus d'un an à la réalisation de ce projet, inspiré à Henri Emmanuelli par la lecture fin 2013 d'un article du quotidien Le Monde sur le premier village Alzheimer d'Europe, aux Pays-Bas.

À Weesp, petite localité située à une vingtaine de kilomètres d'Amsterdam, 150 seniors atteints de démence avancée déambulent librement dans les venelles de De Hogeweyk, petit village convivial aux patios verdoyants et terrasses fleuries. À cette nuance près toutefois que ce lieu de vie et d'échanges entre patients, familles et professionnels de santé, financé presque intégralement par l'État néerlandais (17,5 millions d'euros pour un budget total de 20 millions), est placé, nuit et jour, sous l'étroite surveillance d'un personnel formé à la prise en charge des pathologies séniles.

Investissement de 23 millions d'euros, budget de fonctionnement de 10 millions par an

Dans les Landes, l'idée d'une alternative au traditionnel EHPAD (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) a mûri au fil des échanges entre l'ARS et le Département. Dès juin 2014, la décision est prise de «faire une première étude de faisabilité» et, trois mois plus tard, une délégation est dépêchée in situ pour observer le modèle néerlandais de «ville dans la ville», avec son supermarché, son salon de coiffure, son cinéma et son théâtre. Henri Emmanuelli veut alors le transposer au cœur d'une «bastide landaise» reconstituée, «où le résident doit retrouver l'essentiel de son mode de vie antérieur». «Pas de blouses blanches» dans ce futur îlot ultra-sécurisé où «l'impossibilité d'identifier le personnel contribue à inscrire les patients dans un paysage normalisé de vie sociale», souligne Michel Laforcade, avec la conviction que ce modèle permet aussi «d'améliorer la qualité de vie tout en réduisant la consommation de médicaments».

Le modèle De Hogeweyk «permet d'avoir une liberté totale tout en préservant la sécurité des résidents de façon discrète», note le directeur de l'ARS. La «bastide Alzheimer» accueillera 152 personnes très âgées, «très dépendantes et très désorientées», encadrées par 150 professionnels qualifiés et autant de bénévoles. Le financement est encore en discussion, mais on table sur un «investissement prévisionnel de 23 millions d'euros et un budget de fonctionnement annuel de 10 millions», financés par la Sécurité sociale, le Département et les résidents avec un prix de journée d'environ 60 euros, selon l'ARS. 80 personnes seront dédiées aux soins, cinq à la surveillance nocturne assistées d'un système vidéo, trois psychologues, deux médecins, 2 kinésithérapeutes, 2 ergothérapeutes, deux infirmiers et 16 animateurs à l'accompagnement des résidents. Reste une seule inconnue: le choix du site entre Mont-de-Marsan, préfecture avec un maire centriste, et l'éternelle rivale, Dax, ville thermale socialiste.

(L'essentiel/AFP)