Étude scientifique

10 juin 2013 17:45; Act: 10.06.2013 17:52 Print

Le bisphénol A abîmerait l'émail des dents

Une exposition précoce au bisphénol A (BPA) altèrerait l'émail des dents, selon une étude de l'Inserm conduite sur l'animal.

storybild

La fabrication et la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A sont interdites en Europe. (photo: AFP)

Sur ce sujet

Les incisives de rats traités avec de faibles doses journalières (5 microgrammes/kg/jour) de BPA peuvent être altérées, montrent les chercheurs de l'Inserm dont les travaux sont parus dans une revue spécialisée, l'American Journal of Pathology. Cet effet est observé dans une fenêtre de développement qui ne dépasse pas 30 jours post-natals chez le rat, traduisant une fenêtre de sensibilité à l'exposition.

Ces altérations présentent de nombreuses caractéristiques communes avec une pathologie de l'émail des dents récemment décrite, la "MIH" ou "Hypominéralisation molaires-incisives", qui affecterait environ 18% des enfants de 6 à 8 ans. Les enfants atteints par cette pathologie ont des dents hypersensibles à la douleur et sont sujets aux caries.

Le même mécanisme d'action chez le rat et chez l'homme

La période de formation de ces dents (premières années de la vie) correspond en effet à celle où l'individu est le plus sensible au bisphénol A, note l'Inserm. En outre, l'analyse de protéines de la matrice des dents de rats a montré l'augmentation de la quantité d'énaméline une protéine clé de l'émail en formation, et l'accumulation d'albumine traduisant une hypominéralisation.

De plus, deux gènes cibles du BPA, l'énaméline et la kallicréine 4, ont été mis en évidence. «Dans la mesure où le BPA aurait le même mécanisme d'action chez le rat et chez l'homme, il pourrait être un agent causal du MIH», selon Sylvie Babajko, directrice de recherche à l'Inserm, co-auteure de l'étude. La dent pourrait donc être utilisée comme marqueur précoce d'exposition aux perturbateurs endocriniens agissant comme le BPA et aiderait ainsi à dépister des pathologies lourdes apparaissant plusieurs années après, ajoute la chercheuse.

Un composé industriel à risques

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique qui entre dans la composition de plastiques et de résines. Il est utilisé par exemple dans la fabrication de récipients alimentaires tels que les bouteilles et biberons. On le retrouve également dans les films de protection à l'intérieur des canettes et des boîtes de conserves ou encore sur les tickets de caisse où il est utilisé comme révélateur. Des taux significatifs de BPA ont d'ailleurs été retrouvés dans le sang, les urines, le liquide amniotique et le placenta humains.

De récentes études ont montré que ce composé industriel induit des effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d'animaux de laboratoire. Il est fortement suspecté d'avoir les mêmes conséquences sur l'homme, relève l'Inserm dans un communiqué. Par mesure de précaution, la fabrication et la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A sont interdites depuis janvier 2011 en Europe.

(L'essentiel Online/AFP)