Bd «Sans Pardon».

14 janvier 2015 09:00; Act: 14.01.2015 16:09 Print

Le hors-​​la-​​loi avait un fils

C'est un retour vraiment âpre et violent sur les terres de «Comanche» pour Hermann, avec son fils au scénario.

Wyoming, 1876. Buck Carter est un tueur féroce et impitoyable. Le genre d’ordure qui préféra livrer les siens à la hargne de l’US Marshal Masterson pour sauver sa peau. Toujours recherché, il reste insaisissable. Cinq ans plus tard, son fils est à son tour devenu un brigand dont la tête est mise à prix. Buck Carter décide alors de réapparaître pour le soustraire au funeste sort qui l’attend… Après avoir déjà cosigné quatre remarquables albums avec lui («The Girl from Ipanema», «Liens de Sang», «Manhattan beach, 1957» et «Station 16»), le scénariste Yves H. souhaitait raviver quelques souvenirs chez son dessinateur de «vieux» père Hermann.

Avec «Sans Pardon», il le ramène sur les terres du Wyoming, dans les décors de sa série-culte «Comanche», imaginée avec le scénariste Greg. Dans cet album plus noir que noir, le vrai Wyoming n’a pas grand-chose à voir avec les vastes prairies du mythique ranch Triple Six. «L’essentiel était de se laisser emporter par le souffle des cases ciselées par un des maîtres de la BD qui investit un même décor à quatre décennies d’intervalle», raconte Yves H. Cette poignante, mais fort cruelle histoire de rédemption, offre à son père l'occasion de dessiner un western revisité dans toute sa brutale authenticité.

«J'avais envie d'un western mais très réaliste, pas à la "Comanche", pas à la John Wayne», dit Hermann, qui continue toujours en solo sur «Jeremiah». «Il n'y a qu'à écouter les informations pour se convaincre que le "bipède", en règle générale, est une saloperie. Dans ces conditions, nous ne sommes pas là pour pondre des histoires à l'eau de rose du genre "Martine va cueillir des roses"», explique Hermann dans «CaseMate». «Pour traiter l'horreur, il faut la distance qu'apportent la fiction et les codes du western. Oui, dans "Sans Pardon", tous les personnages sont monstrueux: le "héros" hors la loi, le marshal cynique et même le gamin», dit Yves H.

Si la fibre paternelle de Buck Carter finira par se réveiller sur le tard, ce sera bien trop tard pour empêcher l'irréparable. «Comme en littérature et dans la vie réelle, il faut aussi en bande dessinée montrer les actes, faire entendre les paroles et laisser tout le reste à l'imagination et à la sensibilité de chacun». En servant à son père sur un plateau cette histoire qui prend aux tripes, Yves H. offre à Hermann une nouvelle occasion de démontrer sa science des contrastes offerts par les paysages arides du Wyoming. Usant de la couleur directe avec maestria, il en fait un cadre harmonieux qui contraste singulièrement avec la violence et le caractère torturé des protagonistes de cette explosion en 54 pages!

(Denis Berche)