Bande dessinée

23 septembre 2014 18:33; Act: 24.09.2014 10:07 Print

«Le monde entier devrait connaître Robert Johnson»

Sa légende est nourrie de drames et de mystères. Bluesman vénéré, Robert Johnson revit en BD.

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D'Eric Clapton, «Le bluesman le plus important qui ait jamais existé», à Bob Dylan, «Je l’écoutais inlassablement», en passant par Keith Richards, «Le monde entier devrait connaître Robert Johnson», les plus grands guitaristes sont admiratifs de Robert Johnson (1911-1938). Légende du blues, il est mort à 27 ans, sans doute empoisonné par un rival amoureux. Guitariste prodige, il aurait hérité de ses dons en vendant son âme au diable. De ce personnage énigmatique dont on ne connaît le visage qu’à travers deux photos retrouvées longtemps après sa mort, le scénariste J. M. Dupont et le dessinateur Mezzo dressent un portrait fascinant.

«Love In Vain» (célèbre reprise des Rolling Stones) explore son âme tourmentée et son existence sulfureuse. Un portrait doublé d'une chronique poignante de la vie quotidienne des Noirs dans le Mississippi ségrégationniste des années 30. «Si nous abordons ce mythe, c’est plutôt pour le déconstruire en montrant que ce prétendu contrat avec le diable était commun chez de nombreux bluesmen de l’époque. Leur vie nomade était si dangereuse que cette connivence avec le diable leur fournissait une protection non négligeable», explique J. M. Dumont.

«L'aspect intéressant du personnage de Robert Johnson, c’est son côté insoumis. Devenir bluesman au début du XXe siècle, c’était un bon moyen d’échapper à l’existence misérable d’un cueilleur de coton. Il fallait donc un certain courage pour se soustraire à cette norme sociale imposée par les ségrégationnistes blancs du Sud», dit encore le scénariste. Jouer la «musique du diable», comme on surnommait le blues à l’époque, valait à des types comme Robert Johnson d’être traités en parias, y compris par la population noire. D’autant que la plupart des bluesmen menaient une existence sulfureuse avec alcool et femmes en quantité.

Même s'il reste d’immenses zones d’ombre sur sa vie, Robert Johnson est une légende. «Toutes les scènes qui figurent dans l’album sont issues de faits avérés, et lorsque ces faits sont sujets à caution ou à controverse, nous les traitons au conditionnel». Pour fluidifier l’histoire, le parti pris a été d’utiliser un narrateur, personnage à part entière, mais toujours invisible.

Denis Berche