États-Unis

17 juin 2020 22:28; Act: 18.06.2020 08:15 Print

Uncle Ben's emporté par «Black Lives Matter»?

Pris dans le raz-de-marée du Black Lives Matter, le futur de la marque de riz Uncle Ben’s est incertain.

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Tante Jemima et Uncle Ben's ont fait leur temps. Leur visage noir au sourire éclatant, comme autant de stéréotypes afro-américains datés, devraient bientôt disparaître des rayons des supermarchés américains, les marques réalisant que l'époque a changé, sous la pression de la rue.

L’emblématique Aunt Jemima orne les bouteilles de sirop d'érable et les préparations pour pancakes de Quaker Oats dans les rayons américains depuis plus de 130 ans. Mais elle perpétue «des stéréotypes raciaux» et va disparaître d'ici à la fin de l'année, a promis mardi l'entreprise, qui appartient au groupe PepsiCo.

L’image de cette femme évoque les servantes noires du sud des États-Unis et, par association, le passé d'abord esclavagiste, puis ségrégationniste de cette partie des États-Unis, où la minorité noire reste soumise à de nombreuses discriminations. L'image de Tante Jemima a évolué au fil du temps, «mais pas assez» reconnaît Quaker Oats.

Dans la foulée, Mars, autre géant de l'agro-alimentaire mondial, a reconnu dans un communiqué «que le temps est venu de faire évoluer la marque Uncle Ben's, y compris son identité visuelle, et c'est ce que nous allons faire». Mais le groupe est resté vague sur ce qu'il comptait faire de sa marque de riz et n'a pas promis d'abandonner l'image. «Nous ne savons pas pour le moment quels vont être exactement les changements apportés ni selon quel calendrier, mais nous évaluons toutes les possibilités», précise le communiqué.

La représentation d’Uncle Ben's évoque forcément les plantations de coton ou de riz qui, exploitées seulement grâce aux esclaves, ont fait la richesse du sud ayant déclenché une guerre civile sanglante pour tenter de préserver ce système coûte que coûte.

Le raz-de-marée Black Lives Matter

Les États-Unis connaissent depuis plus d'un mois des manifestations massives dénonçant la violence policière faites aux Afro-Américains et plus largement le racisme en général et l'héritage de centaines d'années d'esclavagisme. Face à la pression de la rue et des réseaux, le pays – et ses entreprises – s'est plongé dans une vaste introspection sur la place faite à la population afro-américaine dans la société, et le racisme systémique qui la frappe et perpétue les inégalités.

Tous les indicateurs montrent que les noirs américains sont défavorisés par rapport à la population blanche: accès à l'éducation, aux soins, à l'emploi, au logement, au système bancaire, etc.

Quaker Oats et Mars, dont les produits, comme ceux des marques Aunt Jemima et Uncle Ben's, sont omniprésents dans les supermarchés américains, sont les dernières en date à réagir. Mais avant elles, de nombreuses autres ont embrassé le slogan «Black Lives Matter» et promis d'amender leurs méthodes de recrutement pour faciliter l'embauche de membres des minorités visibles ou encore de verser de l'argent pour améliorer l'intégration de la communauté.

Opportunisme mal placé?

Des prises de position parfois jugées hypocrites et opportunistes, au point d'avoir créé l'expression «BLM washing» à l'instar du «Green washing», qui désigne les stratégies d'entreprises faisant semblant de lutter contre le réchauffement climatique ou la protection de l'environnement.

Les responsables de la marque Aunt Jemima ont annoncé qu'elle allait verser 5 millions de dollars en faveur d'initiatives pour la minorité afro-américaine. Et mardi, la maison mère PepsiCo a annoncé un plan de 400 millions de dollars sur 5 ans «pour soutenir les communautés noires et augmenter la représentation des personnes noires» au sein du groupe.

Quant à Mars, le groupe souligne dans son communiqué que «le racisme n'a pas sa place dans la société» et promet de le combattre partout dans le monde. «Nous sommes aux côtés et solidaires de la communauté noire, de nos associés (employés) et de nos partenaires dans le combat pour la justice sociale».

(L'essentiel/afp)