Croyances religieuses

10 avril 2014 13:09; Act: 10.04.2014 16:49 Print

S'adresser à ses saints plutôt qu'au bon Dieu

Pour retrouver son portefeuille ou effectuer un long périple, le recours à Saint Antoine ou Saint Christophe est plus fréquent qu'à Dieu, même si l'authenticité des miracles est contestée.

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Besoin d'être rassuré? Forme de superstition? C'est un fait: le culte des saints, ces précieux intermédiaires, reste vivace parmi les catholiques. Les protestants, hostiles à la prolifération des fêtes religieuses au Moyen Âge (jusqu'à 80 jours chômés en l'honneur de saints patrons), ne canonisent plus depuis la Réforme (XVe-XVIe siècles). Et s'adressent directement à Dieu.
Chaque corporation avait son saint: des chasseurs aux charcutiers, en passant par les vignerons ou les cordonniers. Reste que l'ensemble des chrétiens vénèrent encore les apôtres, saints-martyrs des premiers siècles morts au service de la foi, ou les pères de l’Église.

Les calvinistes ont leur cathédrale réformée Saint-Pierre à Genève et les luthériens de nombreuses églises Saint-Thomas. Odon Vallet, historien des religions, note qu'en général, «plus Dieu paraît lointain, plus l'on recourt à des modèles proches, des intercesseurs. Ce besoin de proximité est manifeste dans les religions monothéistes». «Chez les musulmans, poursuit-il, on ne parle pas de saints, mais il existe une vénération pour les patriarches de la Bible et les compagnons du Prophète. En Afrique, les marabouts passent parfois pour des saints, même si certains estiment qu'il s'agit d'un islam un peu déviant». «On constate un respect analogue pour les prophètes, les patriarches, tel Abraham, chez les juifs et les tombeaux de Rachel ou de David sont très fréquemment visités».

Épineuse question des miracles

À l'époque antique des polythéismes grec ou romain, les dieux et demi-dieux n'étaient pas des saints. Jaloux ou facétieux, guerriers ou amoureux, ils avaient leur part d'ombre qui les rendait plus proches des humains. Avec le monothéisme, Dieu seul est parfait, mais il existe des "passeurs vers l'idéal". Au Ve siècle, Pseudo-Denys l'Aréopagite établit des «hiérarchies ecclésiastiques et célestes», échelles de la connaissance et de la sainteté, allant de l'homme jusqu'au séraphin (le plus haut placé dans l'angélologie). Elle s'imposeront tout au long du Moyen Âge. On accèdera à Dieu, ou à la transcendance, en cheminant vers Saint-Jacques de Compostelle. Aujourd'hui, on espère toucher le cœur de la Vierge Marie, par le truchement de Sainte Bernadette Soubirous, la petite bergère de Lourdes.

Reste la question des miracles, plus épineuse que jamais. Au Moyen Âge, la science ou la médecine ne permettaient pas toujours de faire la distinction entre le «surnaturel» (miracle divin) ou le «préternaturel» (les merveilles limitées à la sphère du naturel). Une guérison inexpliquée était un signe, une preuve de l'existence de Dieu. «Il faut attendre le début du XXe siècle, rappelle le Dr Jean-Claude Monfort, psycho-gériatre à l'hôpital parisien Sainte-Anne, avec la découverte d'anticonvulsivants, pour que la crise d'épilepsie apparaisse, non plus comme une "possession diabolique", comme on le croyait, mais comme la conséquence de désordres neurologiques». «En 1952, poursuit-t-il, les psychoses délirantes, parfois considérées comme "démoniaques", cèderont sous l'effet des premiers neuroleptiques. Puis, les antidépresseurs soulageront bien des souffrances».

Aide pour les croyants

La science fait-elle reculer les miracles nécessaires à la béatification (un miracle) et à la canonisation (deux miracles)? Si les escroqueries aux «guérisons miraculeuses» fleurissent dans certaines communautés charismatiques, à travers de «pseudo-ministères de guérison» ou sur Internet, «il est incontestable que la foi peut amener un mieux-être physique ou psychologique et peut-être des guérisons», souligne Jean-Claude Monfort. L'exemple de Lourdes, où seulement 69 miracles ont été dénombrés en 150 ans, témoigne du sérieux de son Bureau des constatations médicales, reconnu jusque dans le monde scientifique non religieux. «Y être accueilli relève presque du parcours du combattant», s'amuse Odon Vallet.

Pour son médecin, le Dr Alessandro de Franciscis, «Lourdes n'est pas un lieu de soins, c'est un lieu de pèlerinage, ouvert à une expérience d'humanité. Dans l'accomplissement d'un miracle, guérison inexpliquée, mais vérifiée et durable dans le temps, l'homme a pu puiser des ressources dont chacun dispose, mais qui sont difficiles à mobiliser dans la vie courante et sans la foi». Le modèle d'un intercesseur, intermédiaire entre un Dieu lointain et un simple humain, peut aider les croyants. Contrairement à l'adage selon lequel mieux vaut s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints.

(L'essentiel/AFP)