Bande dessinée

17 avril 2013 10:00; Act: 17.04.2013 10:56 Print

Un secret enfoui sous le poids de l'histoire

En abordant l'exil des républicains espagnols durant les années sous Franco, «Le Convoi» fait revivre des heures bien sombres.

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Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l'âge de 8 ans.

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«Le Convoi», un diptyque historique, raconte l'exil des républicains espagnols durant les années franquistes. S'inspirant de l'histoire de la propre famille du dessinateur Eduard Torrents, le scénariste, Denis Lapière, entraîne le lecteur dans les heures sombres de l'histoire européenne du XXe siècle, levant le voile sur un épisode peu connu de l'histoire de la guerre d'Espagne et de la collaboration française avec les nazis.

Montpellier, 1976: Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone. Elle avait pourtant juré de ne plus jamais revenir dans un pays quitté sous le poids et les violences du franquisme.

Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l'âge de 8 ans. Il fut l'un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, un convoi parti de Perpignan et d'Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols. Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n'en a jamais su davantage que ce que l'administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que la mort de son père en déportation n'était qu'un mensonge. En effet, le puissant secret enfoui à la fois par son père et sa mère va apparaître progressivement et brutalement aux yeux d'Angelita, dont les bribes de souvenirs d'enfance finissent par éclairer les nœuds de cette intrigue.

Le scénariste Denis Lapière raconte des aspects méconnus de l'histoire, les bombardements fascistes, le voyage des républicains à travers les Pyrénées, les conditions abominables au sein du camp de réfugiés à Argelès… Il apprend aussi aux lecteurs que les premiers déportés de la Seconde Guerre mondiale vers des camps de concentration furent ces républicains espagnols, dont seule une dizaine, sur des milliers, a finalement pu survivre.

C'est le jeune dessinateur catalan Eduard Torrents (Ramon Llull) qui est en réalité à l'origine de ce projet. Car le récit s'inspire en partie de l'histoire de sa propre famille. Quand destins individuels et histoire collective s'entrechoquent, cela donne une histoire qui se lit d'un seul trait tant «Le Convoi» est à la fois didactique et passionnant.

(Denis Berche)